MCA : Charade en tête

Terre motocycliste, l’Auvergne célèbre le centenaire de son club légendaire, le Moto-Club d’Auvergne évidemment, dont la légende fut racontée par Jean Pible, secrétaire historique du club.

Le MCA fut créé par messieurs Pinot, Dabonneville et Soulalioux en septembre 1925 (le procès-verbal de la réunion est daté du 19 septembre) ; 28 adhérents rejoignirent le club, pionnier du mouvement associatif de Clermont-Ferrand, au même titre que les Aéro-Club et Automobile Club d’Auvergne. Si la moto était alors davantage un moyen de transport qu’un objet de passion et de plaisir, le MCA fit rapidement le plein de sociétaires : en février 1926, quatre mois après sa création, il comptait déjà 328 adhérents, et ils seront 542 fin 1928. Le club était actif et productif : entre autres actions, il créa son annuaire et offrait une assurance à ses sociétaires.

Mais la grande affaire du Moto-Club d’Auvergne, ce fut le sport. En plus de ses activités plus ou moins ludiques comme les courses de lenteur, les rallyes-ballon, les concours de pêche, les préparations militaires et bien sûr les traditionnels banquets, le MCA souhaitait satisfaire chez ses adhérents l’attrait pour le frisson de la vitesse : La Baraque et le vélodrome Philippe-Marcombes seront parmi ses premiers terrains de jeu. La première épreuve créée par le MCA fut toutefois un kilomètre-lancé, organisé pour la première fois sur la route de Pont du Château en avril 1926. Le principe était simple : une zone d’accélération, une ligne de départ, une ligne d’arrivée 1000 mètres plus loin, et des chronomètres de chaque côté. Une Harley-Davidson des surplus américains fit le meilleur chrono à la moyenne de 120 km/h. Une seconde édition eut lieu en 1929, puis à nouveau en 1933 et 1934 sur l’avenue de Cournon à Aubière.

Les courses de côte organisées par le Moto-Club d’Auvergne, essentiellement disputées par les membres du club, furent plus pérennes. Il y en avait une dizaine avant-guerre comme la Croix-Saint-Robert au Mont-Dore, les Justices à Vichy, Saint-Thomas à Chabreloche, Courpière et même le Puy-de-Dôme, dont la route privée était mise à la disposition du moto-club une matinée par an par son propriétaire. Mais la course de côte de La Baraque demeure l’épreuve la plus emblématique du MCA, organisée de 1925 à 1939, puis de 1948 à 1954. Le départ de la course était donné dans le centre de Clermont-Ferrand, au carrefour de l’avenue Bergougnan et des boulevards Berthelot et Lavoisier, pour aller chercher la Route de La Baraque sur la commune d’Orcines, soit une dizaine de kilomètres au total. La première édition de 1925 fut remportée par Dargens en un peu plus de 9 minutes, sur une route non goudronnée. La longueur du tracé pouvant varier, il est difficile de comparer les premières performances des pilotes. Mais après-guerre, le tracé fut définitif, s’arrêtant au lieu-dit “Grand Tournant” à l’entrée d’Orcines. Le premier vainqueur fut le Lyonnais De Polo en 500, avec un chrono de 2’21”, largement battu l’année suivante par le célèbre Jacques Collot (2’10”), multiple vainqueur de l’épreuve. Pour sa dernière édition, la course de côte de La Baraque devint même internationale : le champion du monde anglais Tommy Wood remporta les 250 sur Moto Guzzi, le Néo-Zélandais Leo Simpson les 250 sur AJS et le Rhodésien Ray Amm battit tous les records en 500 avec un chrono de 1’56”. Deux Français résistèrent à cette razzia de l’empire britannique : Andrieu et Martin, tous deux licenciés du MCA et vainqueurs sur des mécaniques auvergnates, Favor en 50 pour le premier, AMC en 175 pour le second. D’autres courses de côte furent lancées après-guerre sur une quinzaine de tracés répartis dans toute l’Auvergne, du Mont-Dore à Thiers, de Mauriac à Brioude, en passant par Murat-le-Quaire : réputé comme le plus beau de tous. Cette discipline était en effet en plein essor : base du sport moto de vitesse, elle restait facile d’accès pour les jeunes comme les motards dès lors qu’ils avaient une moto, et pouvait être le prélude à de grandes carrières. Mais les difficultés administratives et le rejet des riverains compliqueront au fil des ans le travail des organisateurs et amenuiseront la volonté des bénévoles. La course de côte de Confolant, à Miremont, restait la dernière organisation du genre lors des dernières années du MCA ; cette montée historique figure d’ailleurs toujours au calendrier d’Auvergne Moto Sport.

L’après-guerre fut également marqué par le retour des courses sur le vélodrome Philippe-Marcombes, qui avaient été imaginées en 1927 avec le club cycliste local. Toutes les cylindrées étaient conviées sur l’anneau de béton, de 125 à 500 cm3, side-cars compris. Le record de vitesse sur le vélodrome fut établi en 1950 par Franck Chapelle, licencié du MCA, à 125 km/h de moyenne au guidon l’ancienne Norton Manx de Jacques Collot. De très grands pilotes français roulèrent à Philippe-Marcombes dont Georges Burgraff ou les side-caristes Jean Murit et Jacques Drion, mais aussi le champion suisse Florian Camathias. Spectaculaires et populaires, dangereuses aussi, ces courses furent organisées jusqu’en 1958 à Clermont-Ferrand. Mais plusieurs accidents mortels sur d’autres pistes françaises poussèrent les autorités à interdire les courses de moto sur les vélodromes.

Mais si la côte, c’est sympa, et le vélodrome, spectaculaire, les sociétaires du MCA voulaient rouler sur des circuits de vitesse. Le Moto-Club d’Auvergne ne gèrera jamais de circuit permanent, mais il sut créer plusieurs pistes provisoires, à commencer par le Circuit des Salins, un quasi-triangle tracé dans Clermont-Ferrand par l’avenue Max Dormoy, les boulevards Jean-Jaurès et Aristide Briand puis le Boulevard Pasteur. Le paddock était situé rue des Salins et le déroulé atteignait 1 915 m. La première course eut lieu le 18 juin 1950, cinq catégories au programme : 125, 250, 350, 500 et side-cars. La meilleure performance fut signée par Lamontagne, vainqueur en 500 à la moyenne de 87,2 km/h. Quatre éditions du Circuit des Salins eurent lieu de 1950 à 1953 avant que le MCA ne renonce face au mécontentement de certains riverains qui jetèrent des clous sous les roues des motos, mais aussi à cause des resquilleurs qui ne payaient pas leur place et, surtout, en raison d’une règlementation administrative de plus en plus sévère.

Récemment élu président du MCA, l’ancien pilote Marcel Cornet imagina un nouveau tracé à la sortie sud de Clermont-Ferrand : le circuit des Landais. La première course eut lieu en mai 1954. Elle était internationale, et devant 15 000 spectateurs, le Suisse Taveri s’imposa en 500 à la moyenne de 90,37 km/h. 20 000 personnes assistèrent à la deuxième édition de 1955, mais la troisième de 1956 fut la dernière car trop déficitaire. Cet échec, auquel s’ajoutait la crise du canal de Suez, poussa le MCA à ralentir ses activités sportives. Toutefois, le club bénéficia de la volonté de l’Automobile Club d’Auvergne de créer son propre circuit de vitesse : après l’échec d’un tracé semi-urbain empruntant la RN89, et sur les conseils du pilote Louis Rosier (ancien sociétaire du MCA), l’ACA imagina le circuit de Montagne d’Auvergne en reliant les routes communales qui ceinturaient le puy de Charade, sur la commune de Royat, éveillant ainsi un volcan de passion qui allait, sinon lancer, du moins accompagner le renouveau de la moto en France. Long de 8 055 mètres et fort de 51 virages, le circuit de Montagne d’Auvergne, communément appelé Charade, ne tarda pas à imposer ses charmes naturels auprès des pilotes et des spectateurs. Le Moto-Club d’Auvergne y organisa sa première épreuve le 17 mai 1959 : fort de son expérience, il avait acquis la confiance de la FFM comme de la FIM pour que cette course ne soit rien de moins que le GP de France, qui avait disparu du calendrier international depuis 1956. 12 000 spectateurs assistèrent au Grand Prix, première épreuve de la saison, pour saluer John Surtees signer le doublé 350/500 et Fritz Scheidegger s’imposer en side-car. Cette organisation était déficitaire mais le président Marcel Cornet qui ne reculait devant rien pour le MCA, emprunta de l’argent à ses beaux-parents pour financer le déficit…

Le MCA organisa ainsi six GP de France de rang jusqu’en 1964 : Charade fut alors le théâtre de l’éclosion des constructeurs japonais, Honda et Yamaha en tête, d’une tentative de grève de Jim Redman, de l’accident fatal de Marcelin Herranz, de l’unique GP moto disputé par le sociétaire du MCA, et futur pilote de F1, Patrick Depailler, et d’une météo parfois très capricieuse. Après l’intermède Rouen en 1965, le GP de France revint à Charade en 1966 et 1967 avec des doublés successifs de Mike Hailwood puis Bill Ivy. En raison des “événements”, le GP de France 1968 fut annulé par le gouvernement seulement 6 jours avant l’épreuve. En 1970, le MCA organisa une course internationale, puis les 300 km de Charade en 1971, avant que le GP de France ne revienne en Auvergne en 1972 avec cinq catégories, dont les 500, auxquelles s’ajoutaient une manche de la Coupe Kawasaki et une épreuve de Formule 750. Une semaine après le tragique week-end de Monza, le MCA organisait à Charade en 1973 un prix FIM 750 qui, malgré la victoire de Barry Sheene, tourna au fiasco dû à de nouvelles exigences de sécurité et des appels à la grève. Ce qui ne priva pas le club d’organiser un ultime GP de France en 1974 : une foule record de 130 000 spectateurs assista à ce qu’il est convenu de considérer comme les plus belles courses jamais disputées à Charade. Cet immense succès populaire ruina tous les efforts apportés à la sécurité du tracé et le MCA décida de n’organiser d’épreuve que sur un nouveau circuit de Charade, certes plus petit mais permanent, et surtout mieux adapté aux performances des motos et à l’accueil du public. Las, malgré l’approbation des pouvoirs publics dès 1975, le projet de “petit” Charade fut ralenti par une association de riverains et ne se concrétisa pas avant la dissolution du MCA. Et si le circuit permanent fut finalement inauguré en 1989, aucune course de moto n’y a jamais eu lieu, l’Automobile-Club d’Auvergne n’ayant jamais voulu effectuer les travaux nécessaires à une homologation moto.

Une semaine après le tragique week-end de Monza, le MCA organisait à Charade en 1973 un prix FIM 750 qui, malgré la victoire de Barry Sheene, tourna au fiasco dû à de nouvelles exigences de sécurité et des appels à la grève. Ce qui ne priva pas le club d’organiser un ultime GP de France en 1974 : une foule record de 130 000 spectateurs assista à ce qu’il est convenu de considérer comme les plus belles courses jamais disputées à Charade. Cet immense succès populaire ruina tous les efforts apportés à la sécurité du tracé et le MCA décida de n’organiser d’épreuve que sur un nouveau circuit de Charade, certes plus petit mais permanent, et surtout mieux adapté aux performances des motos et à l’accueil du public. Las, malgré l’approbation des pouvoirs publics dès 1975, le projet de “petit” Charade fut ralenti par une association de riverains et ne se concrétisa pas avant la dissolution du MCA. Et si le circuit permanent fut finalement inauguré en 1989, aucune course de moto n’y a jamais eu lieu.

Si la vitesse fut la grande passion du Moto-Club d’Auvergne, celui-ci ne délaissa pas pour autant les disciplines moins spectaculaires qu’étaient la Régularité et le Rallye. Dès 1927, le MCA créa des circuits de régularité et organisa en 1929 une manche de la coupe de France de la spécialité. Le club comptait également en son sein différents spécialistes de la discipline, comme Gimel qui remporta Paris-Nice en 1928. Le MCA fut également sacré champion de France de Tourisme en 1969 grâce au moto-club pirate Les Dragons qui s’affilia un an durant pour participer à toutes les concentrations et tous les rassemblements du calendrier et décrocher le titre convoité ; chose faite, les Dragons reprirent leur indépendance.

Cinq ans après la création du championnat de France de motocross (1949), le MCA s’intéresse à la discipline en organisant sa première épreuve sur un terrain aux forts dénivelés qui surplombait la route de La Baraque, au lieu-dit Grand Tournant qui servait d’arrivée à la course de côte mentionnée ci-dessus. 2500 personnes étaient présentes ce 14 juillet 1954 pour assister à la victoire du champion de France Jacquemin en 350. Des épreuves furent organisées sur ce terrain jusqu’en 1960, parfois deux par an, mais sans jamais rencontrer un grand succès populaire. D’ailleurs, seuls quatre licenciés du MCA pratiquaient à l’époque le motocross.

Si ce terrain de cross fut définitivement fermé après la vente de parcelles qui le composaient, un nouveau site fut déniché à Orcines, au pied du Puy-de-Dôme : le tracé de 1 550 m, baptisé circuit des Volcans, fut inauguré le 22 septembre 1968 avec une manche du championnat de France Inter-Experts, transformée en course Inter avec la présence de quatre coureurs belges. Devant 6000 spectateurs, Serge Bacou termina deuxième derrière le Belge Walter Beaten, remportant ainsi la manche de championnat au détriment de Jacky Porte, qui sera toutefois sacré pour la seconde fois. Ce circuit fut utilisé jusqu’en 1973, lorsqu’il perdit ses autorisations communales après les plaintes d’une société de chasse qui estimait que les motos dérangeaient le gros gibier…

Une vingtaine d’autres terrains de cross furent utilisés par les sociétaires du MCA, à Ambert, Issoire, Aurillac, Thiers, le Mont-Dore, Lanobre, Saint-Eloy-les-Mines, sans que le discipline ne connaisse jamais de grand succès populaire.

Le trial ne fut guère plus l’ami des chasseurs que le motocross d’Orcines. Si la discipline débarqua en Auvergne en 1969, elle le doit, entre autres, à Jean-Louis Figureau qui traça le premier Trial des Dômes en octobre 1969 : le parcours de 36 km sillonnait le parc des Volcans au départ du terrain de cross d’Orcines, et escaladait le Puy de Dôme par le sentier des Muletiers. Les meilleurs spécialistes ne ratèrent pas cette superbe épreuve, remportée par Christian Rayer devant Charles Coutard chez les Inters, par Figureau lui-même chez les Nationaux. Cette épreuve acquit le statut de championnat de France pour les années 70 et 71, mais les chasseurs s’en mêlèrent et les motos furent interdites dans le parc des Volcans. La discipline migra alors vers Bertignat et Auzon, mais l’Auvergne commençait déjà à se passionner pour une nouvelle discipline : l’enduro !

Après avoir décroché trois médailles aux célèbres Six-Jours, Jean-Louis Figureau voulut implanter l’enduro en Auvergne : le MCA le chargea donc d’organiser une épreuve à Brioude, qui eut lieu les 15 et 16 juillet 1972. Figureau traça un circuit de 80 km à parcourir trois fois le samedi et deux fois en sens inverse le dimanche. Le plateau se limitait à 35 concurrents mais il était éclectique : le crossman Queirel côtoyait le trialiste Coutard, le pilote de vitesse Bourgeois et l’automobiliste Depailler !  Ce premier Enduro d’Auvergne, et première course du genre organisée en France par un moto-club affilié à la FFM, fut remporté par Jean-Marie Huguet en 125, Nicolas Samofal en 250 et Charles Coutard en 500. Si les pilotes étaient peu nombreux, et les spectateurs guère plus présents, ce fut néanmoins un vrai succès qui donna naissance à une discipline à part entière. L’enduro revint à Brioude l’année suivante en mode Trophée de France, et même en championnat d’Europe en 1975. Mais pour le MCA, le sommet fut atteint en septembre 1980 avec l’organisation de la 55e édition des ISDE. Vingt nations s’y réunirent pour un immense succès sportif et populaire, mais un échec financier dû au nombre très important « d’ardoises » laissées par les participants ou les spectateurs. Cet échec conduira la section de Brioude à quitter le MCA pour se constituer en club indépendant un mois plus tard.

Le MCA demeura dans le tout-terrain avec la création de la Virée Auvergnate en 1984, un rallye de 700 km réservé aux trails. Mais avec la retraite annoncée du président Cornet, le club vivait ses dernières années… Son successeur ne parvint pas à maintenir la dynamique du club qui disparut en 1993, laissant le champ libre au jeune club Auvergne Moto Sport créé par Marcel Rochard et aujourd’hui présidé par Claude Astaix. Mais c’est déjà une autre histoire…