MC Villars : l’esprit Nations

Si le Motocross des Nations est une passion française, alors elle est née à Villars-sous-Ecot les 10 et 11 septembre 1988. Ce week-end-là, 35 000 spectateurs encouragèrent la charge héroïque de l’équipe de France, composée de Jean-Michel Bayle, Jacky Vimond et Yannig Kervella, qui se classa deuxième derrière la Team USA de Jeff Ward, Ricky Johnson et Ron Lechien. Ce coup d’éclat confirmait l’arrivée au firmament du motocross français. Il fallut certes attendre encore 13 ans pour la célébrer le premier des sept triomphes tricolores aux Nations (Namur 2001) ; mais les infrastructures, l’encadrement et surtout les pilotes faisaient la démonstration que le cross français était désormais au niveau des meilleurs. Vingt ans après la création de son terrain de la Versenne, le moto-club de Villars-sous-Ecot et son président Jean-Pierre Mougin mettaient en scène quasi-logiquement cette arrivée à maturité.

Villars-sous-Ecot est un village-martyr de la seconde guerre mondiale : en septembre 1944, l’armée allemande fusilla 22 de ses habitants qui avaient refusé d’évacuer leurs maisons alors sur la ligne de front. L’après-guerre fut marqué par ce deuil, ce qui ne priva pas la nouvelle génération, née au tournant des années 40-50, de se passionner pour une nouvelle attraction : le motocross. « A Valentigney, à Beaulieu-Mandeure et surtout à Vesoul, il y avait de grands motocross, se souvient Jean-Pierre Mougin. On allait voir Brassine ou Molinari. Ça nous donnait envie de faire la même chose ! » Villars avait déjà une appétence pour la moto, mais notamment sous l’impulsion de l’élève-ingénieur, le village se convertit au motocross. Etudiant à Belfort, Jean-Pierre Mougin se prépare une Peugeot 350 bicylindre qu’il avait acquise pour quelques centaines de francs et dont il parvient à doubler la puissance. Ainsi débute en 1966 sa carrière de pilote, au cours de laquelle il roulera sur Montesa et Maico, un titre de champion de France à la clé (1970, catégorie Junior).

En 1968, Jean-Pierre Mougin lance son engagement associatif. Il est à l’origine de la création de l’Association Motocycliste de Colombiers-Villars, association loi 1901dont Jean-Pierre, 21 ans seulement, est Président ; son frère Michel en est le Secrétaire et Hubert Pellier, le Trésorier. Michel Mougin crée également le logo du club.

Si la création de l’AMCV parait au Journal Officiel le 7 novembre 1968 seulement, le club est déjà actif puisqu’il se dote de son terrain de moto-cross, tracé sur les côteaux de La Versenne. Le lieu fut choisi parce qu’il appartenait en partie à la famille Mougin, en partie à la commune de Villars dont le maire Jean Monnin (homonyme du multiple champion de France et futur licencié du club) soutenait le projet. Une poignée de mains suffit également à sceller l’accord des quelques autres propriétaires qui mettaient leurs parcelles à disposition. Ces côteaux offraient également une doublée montée vertigineuse qui était la signature de ce circuit. Lequel accueillit en octobre 1968 sa première course, une course privée car le club n’existait pas encore officiellement, mais une course qui accueillit néanmoins les meilleurs pilotes de la région dont Joël Corroy, Jacques Collot et bien sûr le président Mougin.

Le 30 mars 1969 est organisée la première course officielle du club, une manche du Trophée National des Espoirs, qui est l’occasion d’aménager le circuit avec piquets, cordes et barrières. En 1972, le premier motocross international de Villars renfloue les caisses du club et clôture la vie du premier circuit de la Versenne : le tracé de l’autoroute A36, qui surplombe le circuit depuis 1976, passait précisément sur la fameuse montée, et le club fut contraint d’imaginer une seconde piste sur l’autre versant de la cuvette. Pour ce faire, il acquit de nouveaux terrains sur les côteaux opposés, qu’il fallut déboiser. Mais tout fut prêt pour le 20 avril 1975 et la course inaugurale de ce Villars 2, une manche du championnat de France 500 Inter remportée par Michel Combes.

L’AMCV entre alors dans une nouvelle dimension. Les infrastructures sont renforcées et modernisées année après année : 1981 fut l’année de l’adduction d’eau et de l’érection de la tour de chronométrage. En 1983 est monté le bâtiment principal qui avait été racheté à Peugeot ; il servira de vestiaire, de salle de presse, de salle de réunion ou encore de cuisine. Suivent la construction de la grande buvette, la création de deux passerelles et l’installation de la première grille de départ. Villars est ainsi prêt à accueillir les plus grandes épreuves de motocross : un Grand Prix 500 en 1982, un GP 250 en 1986 et donc les Nations en 1988. « Ce fut un an de travail pour 16 personnes », se souvient Jean-Pierre Mougin. Le circuit fut amélioré encore, avec la pose des célèbres piquets blancs de Villars et l’érection de 22 mâts pour monter le drapeau de chaque nation participante. Et ce fut un succès populaire énorme avec 27 000 entrées payantes sur le week-end. Les Nations fut le dernier grand chantier de Jean-Pierre Mougin à la tête du club, rebaptisé MC Villars depuis la fin 1986, dont il quitta la présidence en 1989.

En parallèle de sa carrière chez Peugeot puis à la tête de l’Utac, en plus de son engagement associatif, Jean-Pierre Mougin se consacrait également depuis le début des années 80 au développement et à la modernisation du motocross dans le cadre fédéral. Il est ainsi entré à la Commission Motocross de la FFM en 1980, dont il devient le président en 1984 : « Je me suis alors attelé à améliorer les circuits français, tant pour la sécurité des pilotes que l’accueil des spectateurs. » En 1989, Jean-Pierre Mougin est élu président de la FFM. Outre l’assainissement des finances de la fédé, ses deux mandats sont notamment marqués par la création et le succès des Equipes de France de vitesse, de motocross, de trial et d’enduro. Au niveau international, Jean-Pierre Mougin intègre les commissions techniques puis motocross de la FIM, dont il est vice-président de 1996 à 1990. Il initie également en 1995 la création de l’Union Européenne de Motocyclisme (depuis devenue FIM Europe) dont il prend la présidence.

Depuis 2002, Villars est devenu une place forte du Supermotard. (Archives MC Villars)

Ces engagements au plus haut niveau du sport moto obligent donc Jean-Pierre Mougin à quitter la présidence du MC Villars. André Girardot lui succède en 1990, qui poursuit le développement du club et du circuit. En 1990, 1991 et 1996 sont organisés les Masters of Motocross, imaginés par Giuseppe Luongo qui deviendra avec Action Group le promoteur des GP. Avec le nouveau millénaire est décidée la création d’un circuit permanent de Supermotard : une première piste de 800 m est inaugurée en 2002, puis étendue à 1560 m dès 2003.

LES CINQ PRÉSIDENTS DE VILLARS

Jean-Pierre Mougin : 1968-1989

André Girardot : 1990-1993

Fernand Houdelot : 1994-2000

Claude Masini : 2001-2018

Luc Pellier : 2018-…

Supermotard ? Si Villars est dans l’imaginaire collectif synonyme de motocross, le moto-club a toujours été multidisciplinaire. Il organisait ainsi jusqu’en 1996 la course de côte de Sancey-le-Grand, qui compta 20 fois pour le championnat de France, 5 fois pour le championnat d’Europe, et dont le record était détenu par le célèbre Jean Monnin, licencié du club. Mais le MC Villars, c’est aussi deux meetings de vitesse organisés sur la base de Lure-Malbouhans en 1977 et 1978, trois enduros tracés par les frères Louis, dont une manche de championnat de France en 1981, deux épreuves de grass-track sur un anneau créé à Courcelles-lès-Montbéliard en 1983 et 1984, une section tourisme lancée par Bruno Scotton et championne de France en 1986, et un supercross en 2011. Et donc désormais, une manche annuelle du championnat de France Supermotard.

L’école de pilote installée sur le circuit est labellisée FFM. (Archives MC Villars)

Le MC Villars compte aujourd’hui 222 licenciés, pilotes et officiels. Il organise quatre compétitions officielles en 2025 plus une grosse démonstration de Supermotard Vintage. Président depuis la fin 2018, Luc Pellier se réjouit de la bonne santé du club : « Nous arrivons à fidéliser nos bénévoles, et le nombre de licenciés est en hausse. Ce dynamisme est beaucoup lié à l’activité Supermotard. Notre circuit est ouvert du 1er mars au 31 octobre et nous amène des pilotes de Suisse, d’Allemagne et de Belgique. » Le MC Villars accueille également une école de pilotage labellisée FFM : « Elle travaille toute l’année, les mercredis et les samedis, explique Luc Pellier. Nous y accueillons une vingtaine des jeunes pilotes, de 6 à 16 ans, encadrés par des formateurs de qualité. » Ce dynamisme pourrait aider le club à renouer avec les grandes organisations qui ont fait sa gloire : « Nous avons fait une coupure avec les championnats du monde, mais on ne s’interdit pas d’en organiser à nouveau, poursuit le président. Les exigences en termes de sécurité et de coûts sont importantes, mais ce serait un défi et une fierté pour tout le club d’organiser un mondial : nous avons le circuit et les structures qui s’y prêtent ! Aussi nous ne nous interdisons pas de poser notre candidature auprès de la FFM. »

MC Villars, la passion depuis près de 60 ans ! : mcvillars.com

LES GRANDS LICENCIÉS DU MOTO-CLUB DE VILLARS-SOUS-ÉCOT

Thomas Chareyre : 7 titres de champion du monde Supermotard, 12 fois vainqueur du Supermoto des Nations, 9 titres de champion de France Supermotard

Adrien Chareyre : 4 titres de champion du monde Supermotard, 3 fois vainqueur du Supermoto des Nations, 4 titres de champion de France Supermotard

Sylvain Bidart : 11 fois vainqueur du Supermoto des Nations, 9 titres de champion de France Supermotard

Jean Monnin : 16 titres de champion de France de la Montagne.

Benjamin Coisy : 5 titres de champion de France de Supercross, 1 titre de champion de France de Motocross

Claude Hennequin et Dominique Vurpillot : 3 titres de champions de France de Side-Car Cross