Léon-Chemarin et l’invincible RCB

Retiré de la compétition depuis 1967 et sa domination sur les Grands Prix, Honda profite de la création du championnat d’Europe d’Endurance en 1976 pour revenir officiellement sur les circuits. Son prototype RCB y sera invincible.

En 1976, la Fédération Internationale de Motocyclisme (FIM) lance le championnat d’Europe d’Endurance. Cette nouvelle série est disputée sur 5 épreuves : 1000 km du Mugello (6 juin), 24 Heures de Barcelone (3-4 juillet), 24 Heures de Liège (14-15 août), Bol d’Or (18-19 septembre) et 400 Miles de Thruxton (26 septembre).

Honda n’est alors pas étranger à l’endurance : en 1969, le constructeur avait remporté le Bol d’Or du renouveau sur l’autodrome de Montlhéry avec une CB 750 spéciale, confiée au concessionnaire Japauto et pilotée par Michel Rougerie et Daniel Urdich. Honda avait gagné cette même année les 200 Miles de Daytona avec une 750 CR pilotée par Dick Mann. Malgré ces succès, l’usine japonaise n’a pas voulu revenir sur sa décision prise en 1967 de se retirer de la compétition après avoir dominé les Grands Prix ; l’endurance reste alors le royaume des concessionnaires.

La création du championnat d’Europe d’endurance change la donne. Le constructeur confie à son ingénieur Michihiko Aika, vétéran des GP, la création du Honda Endurance Racing Team (HERT), avec un seul objectif : la victoire !

Pour remplir sa mission, l’équipe d’Aika développe une toute nouvelle moto baptisée RCB. Si le moteur est un quatre cylindres en ligne comme la CB 750, celui-ci n’a que peu de points communs avec son aîné, si ce n’est le dessin des carters principaux. L’évolution principale en est la culasse, double arbre et quatre soupapes par cylindre. La cylindrée évolue au cours de la saison pour passer de 915 à 941 puis 998 cm3. Quatre carburateurs Keihin alimentent le moteur, en 32 ou 34 mm de diamètre selon les circuits. L’échappement est un quatre-en-un. La puissance grimpera de 100 à 130 chevaux au fil des ans. Pour la partie-cycle, Honda opte pour un cadre double berceau traditionnel. La RCB inaugure toutefois les nouvelles roues à bâtons Comstar qui se généraliseront rapidement sur les motos de route.

La première sortie de la RCB a lieu aux 600 km Zandvoort en avril 1976. Et c’est une première sortie victorieuse puisque Christian Léon remporte l’épreuve avec Roger Bowler sur la machine engagée par Honda France.

Le taux de succès de la RCB est exceptionnel : en quatre saisons de championnat d’Europe, de 1976 à 1979, le prototype Honda remporte 19 des 22 courses auxquelles il est engagé. Le HERT est alors surnommé l’invincible armada !

Jean-Claude Chemarin vole sur le circuit Bugatti, théâtre du Bol 76. (Archives FFM).

La domination de la RCB est aussi la consécration du plus célèbre couple de l’endurance française, Léon-Chemarin.

Né en 1948 à Osny (95 ), Christian Léon n’a que 21 ans lorsqu’il participe au Bol d’Or du renouveau en 1969. Il brille également en vitesse sur l’anneau de Montlhéry avant de disputer les GP 500 sur Kawasaki puis Yamaha. En 1976 il est appelé par Honda France pour rejoindre le programme RCB et dominer l’endurance avec 3 titres de champion d’Europe en 1977, 78 et 79. Léon quitte Honda fin 1980 mais trouve la mort tragiquement lors d’essais privés sur Suzuki en novembre de cette même année.

 Christian Léon était l’un des pilotes les plus doués et les plus populaires d’une génération française durement touchée par les risques de la course. (Archives FFM).

Né en 1952 à Meudon (92), Jean-Claude Chemarin est déjà un spécialiste de l’endurance quand il rejoint le programme RCB puisqu’il a remporté la catégorie 500 du Bol d’Or dès 1970. Aux trois titres conquis avec Léon, il ajoute un quatrième de champion d’Europe, celui de 1976 : son habituel équipier forfait, il avait en effet remporté le Bol d’Or 76 en compagnie de l’Anglais Alex George. Parti chez Kawasaki à la fin de la saison 80, il a ajouté en 1982 le titre de champion du monde d’endurance à son riche palmarès.

Jean-Claude Chemarin arrose le passage victorieux de son équipier Léon lors de la saison 1977. (Archives FFM).

Tout change en 1980. L’endurance est promue au titre de championnat du monde. Honda crée le RSC (Racing Service Center) pour succéder au HERT, et ce nouveau service course mise sur un jeune duo composé de Marc Fontan et Hervé Moineau qui prend rapidement l’ascendant sur les champions Léon-Chemarin.

Fontan et Moineau s’imposent d’entrée aux 24 Heures du Mans, puis remportent les 8 Heures d’Assen, première manche du nouveau championnat du monde. Avec un podium aux 8 Heures de Suzuka, un succès supplémentaire aux 24 Heures de Liège et une deuxième place aux 1000 km de Misano, ils sont sacrés champions du monde, loin devant Léon et Chemarin qui n’ont réussi à remporter que les 8 Heures du Nürburgring.

Une page s’est définitivement tournée, d’autant qu’en fin de saison, Honda lance la nouvelle RS 1000, dérivée du quatre cylindres en ligne de la 900 Bol d’Or, pour succéder à la RCB. Laquelle RS remportera de nombreux succès avant d’être remplacée à son tour par les RVF, nouvelle génération de prototypes propulsés par des moteurs V4.