Le 4 octobre 2025, Joël Corroy et son magasin Trail 70 inauguraient une statue de Jacques Collot, 8 fois champion de France de moto. Mais le pilote de Vesoul, décédé en 2003 à l’âge de 80 ans, était bien plus qu’une figure libre et joyeuse des paddocks des années 50 : résistant, archéologue, spéléologue, le héros vésulien eut une vie immensément riche que nous raconte son fils Pascal Collot, historien de formation qui a écrit cette courte biographie de Jacques Collot à l’occasion de cet hommage rendu à son père.
Démarrée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au cours de l’année 1947, l’exceptionnelle carrière motocycliste de Jacques Collot s’achève avec les années 50. Durant un peu plus d’une décennie, il a marqué la compétition de vitesse sur les circuits français (Pau, Cadours, Villefranche-de-Rouergue, Nice, Angoulême, Moulins, Avignon, etc.) et également européens. Pilotant d’abord une moto Magnat-Debon, puis une Terrot et aussi une Gilera Saturno, c’est essentiellement sur des Norton Manx 350 et 500 cm3 qu’il s’est fait connaître du public et reconnaître par ses pairs comme un champion de ces catégories.
Le talent de Jacques Collot, imbattable sous la pluie et capable de rivaliser avec les pilotes officiels et leur moto d’usine, son attachement à une certaine liberté (il choisit ses circuits et refuse d’être attaché par un contrat) et son sens profond de l’amitié, qui le lie à quelques pilotes tels que Jean Behra, Georges Houel et Jacques Insermini, lui confèrent une personnalité à part dans le monde de la compétition motocycliste de cette époque…
Mais la reconnaissance officielle de la carrière et des engagements de Jacques Collot (Résistance, archéologie, spéléologie, histoire) s’est limitée à une réception organisée par la mairie de Vesoul en 1952 destinée à le mettre à l’honneur avec l’escrimeur Gérard Rousset et l’octroi de l’Ordre national du mérite par Christian Bergelin, alors secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sport. Beaucoup de Vésuliens pensaient que c’était insuffisant. Mais il est vrai que de son vivant, Jacques Collot fuyait les honneurs et s’estimait largement récompensé par la satisfaction du devoir accompli, le soutien du public et l’amitié de certains. Il répondait aux sollicitations des journalistes et des spécialistes mais n’en tirait aucune vanité, distribuant ses coupes, accordant toujours son temps et répétant les anecdotes que lui réclamaient ses amis. Ainsi, il attendait le passage annuel d’Alain Mathat, se rendait régulièrement chez André Girard, Michel Résillot, Daniel Houdjal et, bien sûr, à Trail 70.
Décédé en 2003, il n’aura pas vu cette statue qui lui rend hommage, près d’un siècle après sa naissance à Vesoul en 1923. Assurément, il l’aurait trouvé démesurée et injustifiée, mais plus encore, il aurait été profondément ému par la fidélité à sa mémoire que lui témoigne Joël Corroy.

UNE FAMILLE HAUT-SAONOISE
Lucien Collot (1890-1975), employé de la Compagnie de l’Est comme son père, et Marie Boisson (1890-1983), originaire de Montbozon, se sont connus à Vesoul et se sont mariés en 1916. Ils ouvrent une épicerie-mercerie au Boulevard de Besançon et un premier fils, prénommé Jean, naît le 13 juillet 1917.
Un deuxième fils prénommé Jacques naît 6 ans plus tard, le 9 avril 1923. La famille Collot va alors déménager un peu plus haut sur le carrefour, où ils reprennent l’épicerie Grégoire pour y créer un commerce de deux roues (vente/réparations). Marie Collot tient le magasin durant la journée et Lucien Collot, après sa journée au dépôt ferroviaire de Vaivre, travaille à l’atelier le soir. Le garage Collot diffuse les huiles et l’essence Jupiter (une marque française qui sera absorbée par la société Shell Berre) et les landaus, les vélos et les motos Terrot et Magnat-Debon.
Jean et Jacques Collot sont bien placés pour faire du vélo ! Avec leur cousin Guy Couturet, ils participent au concours des vélos fleuris, notamment en 1929. Ils jouent au football, sport très populaire depuis la création de la coupe du monde en 1930 par le Haut-Saônois Jules Rimet. Ils pratiquent également la natation et se passionnent pour l’aviation. Ils vont voir les aéroplanes au Sabot à Frotey et le 31 juillet 1931, ils visitent Paris avec leur mère et reçoivent le baptême de l’air à l’aéroport du Bourget.

Très rapidement, Jean passe à la moto et fait de nombreuses randonnées en Franche-Comté et même bien au-delà. En juillet 1935, Jacques part en vacances avec son frère en moto. Ils empruntent la route des Alpes, et campent quelques jours à Saint-Jean Cap Ferrat. Ils font escale à Briançon au retour. Le mois suivant, Jean sillonne la Suisse et s’arrête à Lucerne. En juin 1936, il repart à la découverte de la Suisse en moto, passant par le Col de la Forclaz pour aller visiter Lausanne. A l’époque, on obtenait un Brevet Sportif Populaire. Le 14 mars 1937, Jean, qui s’est engagé au 11e régiment de Chasseurs à Vesoul, est à Fontainebleau avec son père, pour le 4e concours mixte de l’Estafette organisé par le Motocycle Club de France et le Ministère de la Guerre, à la suite de manœuvres militaires. Jean y participe en tant que militaire. Un Tour de France motocycliste est également organisé chaque année (17 avril au 2 mai 1937, 30 avril au 15 mai 1938). Jacques, dès que son âge le lui permet, troque le vélo contre un deux-roues à moteur Terrot.
Jean, après l’Ecole Professionnelle de Nancy, s’oriente vers les Contributions indirectes, obtient un premier poste à Saint-Loup-sur-Semouse et se marie le 10 décembre 1938 avec Lucie Pelletier, dont le frère Roger dirige le Spéléo-Club de Vesoul. La même année, Jacques, qui ne se passionne pas pour les études, a presque 16 ans et ses parents décident alors de le placer à l’usine Terrot de Dijon en 1938. L’année suivante, il est affecté comme essayeur au service des essais et rodage des motos. Il pilote notamment une 750 VATT, modèle en compétition avec celui de René-Gillet pour la fourniture à l’Armée.

RESISTER A VINGT ANS
Le maréchal-des-logis Jean Collot est mobilisé en 1939 au 2e Escadron du 11e Chasseurs, puis affecté au 4e GRDI avec le grade de chef. Grièvement blessé au guidon de son side-car le 28 mai 1940 à Verlinghem (Nord) en tentant de forcer les lignes ennemies, fait prisonnier, il meurt des suites de ses blessures à l’hôpital militaire Saint-Vaast de Béthune le 16 juin. Le patriotisme familial et ce drame déterminent l’engagement de Jacques Collot dans la Résistance.
La nuit, il décroche les affiches de propagande allemandes et, à partir de 1943, celles du STO pour lequel il est réfractaire ; il collecte des renseignements qui seront acheminés ensuite à Paris ou en Suisse pour le Service de Renseignements (SR). Ainsi, il participe à la prise de films du camp d’aviation allemand de Luxeuil, grâce à une caméra cachée dans un tonneau fixé sur le toit d’un véhicule entre des valises. Avec le photographe René Larcher, il filme des convois de véhicules ennemis. Il connaît certains membres des réseaux présents à Vesoul (Défense de la France, Marco Polo devenu Béarn en 1943, Lorraine et Libé-Nord) qui font aussi du sabotage, prennent en charge des évadés, cachent des réfractaires au STO, etc.
Avec des amis vésuliens (Pierre Clave, Roger Raymond, Jean Dené), il établit une modeste cache d’armes récupérées à la grotte d’Échenoz et s’y réunissent de temps à autre : puis, le 17 juin 1943, ils constituent un maquis baptisé Bir Hakeim au lieu-dit La Côte aux Bornes, dans une ferme abandonnée. Le ravitaillement est difficile en ces temps de pénuries : les repas se limitent alors à bien peu de choses : des sardines, du sucre, etc. Ils sont équipés de 13 fusils mousquetons récupérés après la débâcle de 1940 et apportés par M. Arranz, du Magnoray. Ils obtiennent enfin des pistolets mitrailleurs Sten anglais provenant du parachutage du 17 août 1943 (terrain Brahms, équipe Tinchant). Peu après, le groupe Bir Hakeim part et construit une véritable baraque en bois plus fonctionnelle au lieu-dit La Côte, il dispose d’un fusil-mitrailleur 24/29 sans culasse découvert dans la tour du château de Rupt-sur-Saône et rafistolé par le serrurier Choffel. D’autres résistants les rejoignent : les frères Rousselle, Jacques Delaval, Roger Vilminot, Marcel Péronniat… Le groupe part sur Vellefaux et s’installe tantôt dans l’ancienne mine, tantôt dans les bois, construit une nouvelle baraque. Face aux patrouilles ennemies, des grenades dégoupillées sont suspendues dans les buissons. Craignant d’être repéré ou dénoncé, le groupe aménage une nouvelle baraque au Ronvaux, puis trouve refuge dans les ruines des Evêques, près d’Andelarre.
Le 17 juin 1944, l’État-major FFI départemental quitte Vesoul et prend le maquis à Dampierre-sur-Linotte à La Ferme des Roussey. Le groupe Bir Hakeim le rejoint et devient le Groupe de protection de l’État-major FFI, renforcé et commandé par Marcel Péronniat. Jacques Collot reçoit le pseudonyme Paillasse et le grade de sergent FFI. À la fin de juin 1944, l’Etat-major déménage à Filain, accueilli par Albert Py à la ferme des Monnins. En juillet, l’Etat-major s’installe au moulin Jean Bart, à Quenoche. Jacques Collot, en moto, traversera des secteurs dangereux pour porter des messages. Début août, l’État-major déménage à Loulans-les-Forges dans la maison du parc des Grîmes, puis revient aux Monnins. Jacques Collot participe aux actions de l’été 1944 : des sabotages, des embuscades de convois sur l’axe Vesoul-Besançon, près de Rioz et Authoison. Le 10 septembre 1944, l’État-major est attaqué par un détachement allemand et se replie à la ferme des Goichots tandis que le Commandant Guépratte, Jacques Delaval, Roger Poirot et Jacques Collot défendent le bâtiment, finalement incendié par l’ennemi. Revenus le lendemain, les maquisards rencontrent les éléments de reconnaissance de la 3e DI américaine. Jacques Collot fait partie de ceux qui montent sur les chars Sherman pour les guider vers Vesoul. Il participe au défilé de la victoire à Vesoul le 13 septembre 1944…
Avec la mise en place du préfet Thomassin et le retour d’un pouvoir légal civil, l’ex-État-major s’installe à l’Hôtel Mercédès et reçoit des missions de police. Ayant contracté un engagement volontaire » pour la durée de la guerre au titre du Bataillon de Marche de la Haute-Saône « , il est affecté à la Sécurité Militaire Territoriale (2e Bureau) du 20 octobre au 28 décembre 1944. Puis, il rejoint le 5e Bureau de la Subdivision Militaire de la Haute-Saône. Promu sergent-chef, il est démobilisé le 27 octobre 1945. Un moment tenté par une carrière militaire, il suit une formation dans l’artillerie au camp du Valdahon, mais il y renonce peu après.



LA PRATIQUE SPELEOLOGIQUE
A partir de l’été 1937, Jacques Collot, alors âgé de 15 ans, va être associé de plus en plus souvent aux différentes sorties du Spéléo-Club de Vesoul (SCV) : exploration de la grotte-gouffre de Captiot de Bucey-lès-Gy (29 août), reconnaissance de plusieurs gouffres appartenant à « un ruisseau souterrain presque inconnu » dans les bois de Montarlot, et des grottes de Sainte-Suzanne, Milandre et Réclère (Suisse), de Beaumotte-lès-Montbozon et de Gondenans-les-Moulins, réunions spéléologiques de Vesoul, Belfort, Mulhouse, Colmar et à la grotte de Bournois (7 novembre), exploration de la Grotte de Chaux-lès-Port, examen d’un entonnoir à Cornot (14 novembre), visite des ruines du Château de Maizières, du Château de Fondremand et des grottes de la Baume (21 novembre), visite des fouilles archéologiques de Blondefontaine suivie de l’étude du Trou du Tonnerre, du Gouffre de la Jacquenelle et de la visite de la chapelle de Chauvirey (28 novembre). Les activités se poursuivront avec la même intensité, sous la férule de Roger Pelletier, qui nomme Jacques Collot responsable du matériel. Si les conditions de l’Occupation (pénuries, couvre-feu, etc.) ont ralenti les activités du SCV, elles vont reprendre de plus belle après la guerre. Le 13 août 1945 apparaît l’ASE (Association Spéléologique de l’Est), une structure qui rayonne depuis Vesoul sur l’est du pays et qui souhaite étendre ses activités à la biologie, l’histoire, l’archéologie, etc. Jacques Collot s’investit dans ces domaines, intègre en 1948 le groupe Spéléo-Préhistorique, se lie d’amitié avec Guy Béraudière et maintiendra sa participation à certaines sorties bien qu’il soit de plus en plus accaparé par sa carrière motocycliste. Lorsque Roger Pelletier quitte la direction de l’Ase en 1955, il prend cependant ses distances.
Il se distingue lors de la catastrophe de Blamont (11 novembre 1950), lorsque sept spéléologues de Lure et Belfort sont prisonniers d’une violente crue survenue dans le Trou de la Creuse. Venu avec Roger Pelletier, Jacques Collot « à peine arrivé… se dévêtait et, la lampe au front, n’écoutant que son courage… s’est engouffré dans l’eau et dans la grotte pour s’efforcer de pénétrer jusqu’aux spéléologues prisonniers de cette eau. Roulé par le flot écumant, sortant avec une violence inouïe de cet étroit goulet, meurtri, blessé contre les aspérités du roc, glacé mais volontaire, il poussa jusqu’à l’extrême limite de ses forces, mais l’eau, à ce moment, interdisait tout passage. Il dut revenir au jour. Trois fois, il essayait de vaincre ; le flot terrible était trop fort, trop gros, trop brutal. Aucun passage n’était possible ». Un scaphandrier doit même renoncer, sa tenue déchirée par les rochers. L’eau expulse du matériel puis les corps de Jacques Durupt, Antonio Salvador et Raoul Simonin : « Hélas ! Quant à neuf heures du matin, Collot, un spéléologue de Vesoul, parvient à pénétrer dans la grotte et à parcourir une vingtaine de mètres, c’est pour retrouver le corps de Raoul Simonin. Il porte encore ses lunettes et sa lampe est restée allumée ».
Roger Pelletier et Jacques Collot proposent de faire une brèche dans la barre rocheuse qui empêche l’eau de s’évacuer correctement. Avec la baisse du débit, on retrouve les corps de Maurice Roth, Michel Mozer et Claude Vien. Seul le docteur André Mairey survivra en se réfugiant miraculeusement dans une partie émergée. Jacques Collot se verra remettre la Médaille pour actes de courage et de dévouement.
Jacques Collot a assisté aux expérimentations et aux tentatives de Nestor Glockner, président de l’ASE, pour percer le mystère du réseau du Frais-Puits. Il apporte une aide non négligeable : transport du matériel, mise à disposition des ressources du garage Collot, travaux, etc. Les 14 et 15 août 1937, il est présent pour tenter de pomper l’eau du Frais-Puits afin d’en faciliter l’exploration, grâce au matériel confié par les entrepreneurs Cilia, Jolyot et Mirlin. Il assiste Nestor Glockner qui plonge dans le Frais-Puits avec un « casque respiratoire » artisanal (31 octobre 1937), teste du matériel à la piscine municipale (9 octobre 1938), et tente à nouveau de passer l’éperon rocheux du Frais-Puits (16 et 23 octobre 1938). En août-octobre 1938, il participe aux travaux de désobstruction de la Grotte de Champdamoy, qui attestent que cette cavité fait bien partie du réseau fossile du Frais-Puits.
L’ASE va mener deux nouvelles tentatives « dans les eaux glauques stagnantes au fond du gouffre » du Frais-Puits le 26 mai 1946. Les amateurs de spéléologie, les autorités, la presse et les agriculteurs résidant dans les environs sont venus en nombre afin d’assister à la plongée annoncée les jours précédents. Le Service de la Navigation des Ponts et Chaussées de la Saône, représenté par le Chef cantonnier Chambrette, a bien voulu mettre à la disposition des membres de l’Association Spéléologique de l’Est un scaphandre lourd, qui a été transporté sur place avec tout l’équipement nécessaire par un camion du Garage Delamotte. Après avoir revêtu le scaphandre, Roger Pelletier plonge, tenant un phare électrique à la main, puis ce sera le tour de Jacques Collot de répéter l’opération. Les deux spéléologues vésuliens vont progresser d’environ 40 mètres, malgré l’extrême lourdeur de leur équipement. Outre le tuyau d’alimentation en air, ils sont reliés à la surface par une cordelette et par le système téléphonique avec micro mis en place par A. Vincent et Michel Koulikowsky.
Ils s’aperçoivent que « l’énorme talus de graviers et de sable s’arrêtait à 3 mètres sous l’orifice immergé du gouffre, à l’entrée d’une galerie de forme hexagonale et d’une section de 2 à 3 mètres environ. A 10 mètres, cette galerie dont le sol, les parois et la voûte sont lisses, débouche au sommet d’un large éboulis et donne accès, sans transition, à une vaste salle de 6 à 7 mètres de largeur et de hauteur. Le sol est à 3 mètres en contrebas, et la paroi laisse apercevoir deux galeries séparées par une cloison épaisse de 6 à 7 mètres environ ». De ce fait, vers la fin de 1946, l’ASE est capable de confirmer une bonne partie du mystérieux tracé du réseau du Frais-Puits « sur une ligne centrale, suivant sensiblement le tracé de la voie ferrée Vesoul-Besançon, se trouvent… la Font de Champdamoy, la Grotte de Quincey, site de Champdamoy, le creux de Chèvreroche (Colombe-lès-Vesoul), le Frais-Puits, le trou « souffleur », Noroy-le-Bourg à Vallerois-le-Bois, le Creux du Renard, entonnoir abrupt et humide. Voilà pour le jalonnement approximatif du grand collecteur du réseau, sans parler des dizaines de dolines de toutes tailles, fissures et diaclases criblant le plateau, mais hélas, sans trace d’accès possible aux galeries sous-jacentes ». Toutefois, la longueur insuffisante des tuyaux d’aération empêche les plongeurs non autonomes de progresser plus avant dans la galerie.

UNE PASSION POUR L’ARCHEOLOGIE
En 1942, Jacques Collot mène des recherches dans la grotte de Champdamoy (Quincey). L’Est Républicain dit qu’il s’est mis « à étudier seul, et sérieusement, une épaisse documentation et se plongea dans la lecture de traités de spéléologie et d’archéologie…au début les résultats furent décevants et les recherches furent provisoirement abandonnées » à cause de blocs rocheux empêchant la progression. Une sortie du SCV, le 16 mars 1942, observe l’avancée des travaux. Le pharmacien Georges Garret estime qu’« il y a encore de beaux jours pour le Spéléo-Club Vésulien, d’autant plus qu’il voudra s’attaquer à cette question de l’homme préhistorique si passionnante et qui jusqu’ici n’a été qu’ébauchée ». Jacques Collot découvre des restes de poterie néolithique, des traces de foyer sous des coulées stalagmitiques. Les travaux d’excavation reprennent début 1944 avec les frères Jean et Robert Vautrain, malgré les convocations du STO, et après la Libération de Vesoul (12 septembre 1944) grâce à des prisonniers de guerre mis à disposition du SCV. Une chambre funéraire de l’âge du bronze est découverte le 2 octobre 1945), ce qui donnera lieu à une publication du SCV. Jacques Collot poursuit ses travaux de recherche et d’études sur plusieurs sites préhistoriques hauts-saônois, tels que les pierres perçées, la Pierre qui vire de Colombe-lès-Vesoul, la grotte de Chaux-lès-Port, Saulnot, la Baume de Fretigney et dans le Doubs (Rigney, etc.)

LES DEBUTS DANS LA COMPETITION MOTOCYCLISTE
Pendant la guerre et l’Occupation, Jacques Collot travaille comme mécanicien au garage familial et s’entraîne avec les motos Terrot et Magnat-Debon du magasin ou celles qui ont été déposées pour réparation. Il réalise des sauts dans la prairie de Frotey-lès-Vesoul avec René Larcher. Après la Libération, avec ses économies, il achète à Paris une 500 Magnat-Debon RCP et s’inscrit au critérium d’endurance de Lyon (21-23 mars 1947). Malheureusement, sa participation à cette première compétition motocycliste est écourtée car la casse du repose-pied l’empêche de finir l’épreuve !
Lors du Grand Prix de Marseille sur le Circuit du Prado (17 mai 1947), c’est l’embrayage de sa Terrot 500 cm3. qui lâche ! Toutefois, celui qu’on appelle alors l’agent motoriste de Vesoul a conquis le public : « Après un faux départ, le numéro 6 (Collot) rattrape les concurrents à une vitesse vertigineuse et vire dans un style impeccable ».
La première véritable course : Montlhéry (15 juin 1947)
Jacques Collot prend le départ de la course du Trophée Saint-Eutrope sur l’autodrome de Linas-Montlhéry (15 juin 1947). Encore une fois, il ne termine pas la course car il casse un culbuteur. Toutefois, sa prestation (maintien en tête, record du tour) attire l’attention de la presse : « À la surprise générale, c’est un outsider, Collot, sur une 500 française, qui est en première position avec une certaine avance. Bon pilote, qui nous fit bonne impression » et de l’importateur Norton, Clément Garreau qui décide de lui trouver une « vraie moto ». Jacques Collot dispose alors d’une Magnat-Debon Inter 38 longue course puis d’une Gilera Saturno qui lui rapporte des victoires.
Jacques Collot participe au grand prix de Lyon sur le Circuit du Boulevard de Ceinture (27-29 juin 1947). Il passe les essais sans difficultés mais lors de l’épreuve des 500 cm3, le câble qui casse l’aurait contraint à abandonner après 2 tours s’il n’avait décidé de poursuivre la course en tenant le câble d’une main et en conduisant de l’autre. Il parvient à se classer à la dixième position. Cet exploit lui vaut d’être désigné comme un « sportif courageux » par le commentateur de Radio-Lyon. Jean Behra remporte l’épreuve devant André Lhéritier et Gustave Lefèvre.
Jacques Collot s’inscrit pour l’épreuve des 500 cm3 du Grand Prix de Strasbourg qui a lieu le 3 août 1947. Un pilote percute des bottes de paille, le touchant au cours de l’embardée. L’Italien Lorenzetti s’attribue la victoire, en devançant Fergus Anderson et Jean Behra, tandis que le Vésulien terminera à la dixième place.
À Tarbes, sur le circuit de Vic-Bigorre (28 septembre 1947), il est encore contraint à l’abandon par un incident technique ! L’épreuve des 500 cm3 est remportée par Fergus Anderson devant Jean Behra et Ernie Thomas. Cependant, en dépit de ses pannes répétées, le pilote vésulien a fait des débuts assez remarqués dans la compétition au cours de l’été 1947, notamment à Monthléry et à Lyon. Et l’année suivante, il va s’affirmer de façon spectaculaire, dès le mois d’avril, en remportant le Grand Prix de Nice.
La première grande victoire : le Grand Prix de Nice (11 avril 1948)
Le Grand Prix Motocycliste International de Nice, organisé conjointement par le Motocycle-Club et l’Amicale motocycliste de la ville sous la direction de M. Balestre, se déroule le 11 avril 1948 sur le Circuit de la Promenade des Anglais. L’Équipe annonce 20 000 spectateurs. L’Anglais Tommy Wood s’attribue le meilleur temps aux essais, tandis que Jacques Collot (numéro 38), au guidon d’une Norton obtenue auprès de l’importateur Garreau, triomphe lors des éliminatoires. En effet, les 2 épreuves sur 10 tours débutent à 14 heures 10 et désignent comme vainqueurs Jean Behra (15 min 05 s) et Jacques Collot (14 min 54 s), respectivement devant le Belge Goffin et l’Italien Gobetti. La course des 500 cm3 oppose 16 concurrents sur 70 tours (totalisant 141 kilomètres 750 mètres) et semble promise à un pilote Guzzi. En effet, c’est d’abord l’Anglais Anderson (sur une nouvelle Guzzi) qui domine nettement 40 tours durant en obtenant d’ailleurs le record du tour en 1 min 24 s. Mais celui qui avait déjà cassé sa chaîne durant les essais subit un nouvel « accident mécanique » (bris de soupape) qui entraîne sa chute. De ce fait, l’autre pilote de l’écurie Guzzi, l’Italien Lorenzetti, le remplace sans grande difficulté lorsque sa boîte à vitesses lâche et lui fait perdre tout espoir de terminer l’épreuve au 48e tour… au profit de Jean Behra. Cependant, cette belle première place sera provisoire car un problème d’allumage contraint le champion local à s’arrêter assez longuement au cours du 60e tour pour une réparation d’urgence ; il obtiendra tout de même la deuxième place, mais ne gagnera pas la « course de sa vie ». Plusieurs abandons se produisent : Gobetti (qui est tombé), Onda, Weddel… Finalement, six coureurs seulement terminent la course. Jacques Collot, épargné cette fois par les ennuis mécaniques et « régulier au possible » comme le souligne la presse, est victorieux dans la catégorie 500 cm3 en faisant comme temps 1 heure 46 min 45 s.
Si le chroniqueur de L’Équipe ne voit en lui qu’un « modeste compétiteur d’un lot relevé et bénéficiaire de cette course par élimination », Moto Revue se montre plus élogieux : « Mais comment ne pas applaudir à la victoire du français Collot, la révélation du Trophée de St-Eutrope 1947 ? Collot s’imposa dès sa première apparition à Monthléry, accomplissant plusieurs tours en tête devant des as chevronnés ». La course des 350 cm3, quant à elle, est remportée sans grande surprise par le pilote britannique Tommy Wood, qui détenait déjà le meilleur temps aux essais. Après la concentration motocycliste organisée sur l’Esplanade De Gaulle, une réception rassemble les pilotes, les organisateurs (MM. Balestre, Maeyer, Prandi, Lafaunte, etc.) et les médias.
Le Grand Prix de Monaco (17 mai 1948)
Le 17 mai 1948, au lendemain du Grand-Prix Automobile remporté par la Maserati de Giuseppe Farina, la principauté de Monaco accueille un premier Grand Prix International Motocycliste considéré comme « un des plus importants de la saison », déplaçant près de 50 000 spectateurs. Le Prince Rainier III et Anthony Noghès ouvrent le Circuit de Monte Carlo (boucle de 3,18 km). Un nombre de compétiteurs limité à 20 vont s’affronter sur 60 tours. Le Moto-Club monégasque a écarté beaucoup de candidatures pour ce Grand Prix doté de 340 000 Francs dont 100 000 pour le vainqueur. De nombreux incidents mécaniques éloignent de l’arrivée près de la moitié des concurrents (9 sur 20, dont Jean Behra et Robert Braccini, le Britannique Thomas, etc.).
Après la chute de Bellochio survenue durant les essais (fracture du crâne), la journée est endeuillée par un accident mortel au bas de la rampe du casino, dans le virage de Sainte-Dévote, à l’endroit même où Georges Houel était tombé auparavant. Un pilote londonien de 35 ans Norman Linnecar (Norton) mord sur le trottoir, sans doute avec son repose-pied droit, et heurte violemment un mur de la villa Colomba, sans être arrêté par des bottes de paille. Il est décédé à l’hôpital de Monaco. Le Prince Rainier en fut très affecté, au point de décider que les motos ne courraient plus à Monaco. Malgré la « course splendide » de Onda (MCN), Aldo Brini, en Gilera, remporte la course en 2heures 12’ 57’’ 2/10e, soit une moyenne de 86, 105 km/h, devant Francesco Gambi (Norton) et Georges Monneret (AJS Velocette). De son côté, Anderson établit le record du tour (2’ 7’’ 6/10e), mais une rupture de piston le contraint à l’abandon. Jacques Collot, quant à lui, obtient la 8e position, derrière Wood.
Le Grand Prix de Gênes (Italie) 1955
La victoire de Jacques Collot à Gênes demeure un moment exceptionnel : « En fait, avec la présence des écuries officielles Gilera et MV, nous n’avions aucune chance… sur le papier. Je ne sais quelle rage m’a pris, mais j’ai fait la course dans un véritable état second, freinant limite limite, raclant à chaque virage la petite plaque d’acier clouée sous mes bottes et qui servait de repère juste avant la glissade. Comme le circuit avait quelques parties sinueuses j’attaquais ainsi en tête les lignes droites. Les trois Gilera me repassaient avec 20 km/h de plus et je repiquais au truc dans la partie sinueuse. Puis, il n’y eut que deux Gilera qui ont doublé, c’était déjà ça. Mais c’étaient les deux meilleurs pilotes de l’écurie et je me suis fait un peu distancer. En me défonçant je les ai repris, puis largués et j’ai eu une avance suffisante. C’était dans la poche ! Je passe la ligne et… il paraît que j’avais encore un tour à faire… En attendant, Liberati était passé. Je relance, fais un tour canon, le repique au freinage, sort limite de la dernière courbe et gagne avec encore deux secondes. Je crois que ça a été du grand spectacle… » Les organisateurs italiens retardent la proclamation des résultats, ulcérés, ils multiplient les contrôles techniques jusqu’à la nuit et décident de remettre l’énorme coupe d’argent au premier Italien ! Jacques Collot envoie promener le directeur de Gilera qui voulait l’embaucher comme pilote : « J’avais passé l’après-midi à arroser mon succès, je reconnais que j’étais un peu “ému”. Aussi, face à cette proposition, je lui rétorquai avec mon italien hispanisant des plus approximatifs « Vos corridors, c’est des rigolados », message qui fut reçu 5 sur 5. Il n’a pas apprécié du tout… »

TROIS AMIS MOTOCYCLISTES
Jean Behra
Né le 16 février 1921 à Nice, Jean Behra commence sa carrière sur deux roues en 1937. Pilotant une Moto Guzzi, il est titré champion de France motocycliste 500 cm3 de 1948 à 1951. Il remporte notamment le Grand Prix de la Libération en 1945. Lors du Grand Prix de Marseille (17 mai 1947), Jean Behra remporte l’épreuve des 500 cm3 sur sa Moto Guzzi, mais c’est certainement de cette course qu’est née une solide amitié avec Jacques Collot, qui y effectuait sa deuxième course ; même un recours pour le titre de champion de France 1951 pour un point litigieux ne l’entamera pas. Ils se retrouvent au départ des épreuves, jusqu’à ce que le Niçois se tourne vers la compétition auto dans l’équipe Gordini en 1951, puis chez Maserati (1955-57), chez BRM puis chez Ferrari en 1959. La mort accidentelle de Jean Behra le 1er août 1959 sur le circuit de l’AVUS à Berlin a marqué Jacques Collot et a peut-être pesé dans sa décision d’arrêter la compétition.
Georges Houel
Né le 5 juillet 1913 à Herbeville (Seine-et-Oise), Georges Houel débute la compétition motocycliste en 1933 après avoir pratiqué l’athlétisme et le rugby. Il sympathise avec Jacques Collot et ensemble ils achètent une tente canadienne pour camper près des motos et du circuit. En mai 1951, Houel remporte le Grand Prix de Bagatelle grâce à un embiellage que Jacques Collot, courant alors à Bergerac, lui fait envoyer depuis son garage de Vesoul ! En avril 1952, une collision avec Josef Albisser à l’arrivée du circuit de Pau l’oblige à arrêter sa carrière moto ; mais Houel se lance dans la compétition automobile en 1954 et participera plusieurs fois au Paris-Dakar, jusqu’en 1984.
Georges Houel s’installe également comme restaurateur à Paris ; après L’Équipage ouvert en 1945, il tient Le Volant et dirige également deux boîtes de nuit : le Houel Club et le Very Houel. Il est décédé le 10 avril 2008 à Paris.
Jacques Insermini
Né le 24 octobre 1927 à Paris, Jacques Insermini entame une carrière sportive (haltérophilie) mais se tourne vers la compétition motocycliste après la guerre. Il remporte sa 1ère course sur une AJS 7R prêtée par Jean Murit, puis il choisit une Norton Manx (circuit de Casablanca, 1952). Il se lie d’amitié avec Mike Hailwood et Gary Hocking et rejoint le Continental Circus ; mais aussi avec Jacques Collot et Guy Ligier avec qui il forme le groupe des « trois gros ». Il « profite » du retrait de la compétition de Jacques Collot pour obtenir 5 titres de Champion de France (1960 et 1962 en 350 cc. et 1960, 1961 et 1962 en 500 cc.). Après 1962, il devient pilote d’essai Lancia, puis se tourne vers le catch et le cinéma (cascades, figuration). Il incarne Monsieur Propre pour des publicités ! Jacques Insermini se consacre ensuite à l’élevage de chevaux et vit sa retraite entre la Côte d’Azur et Paris, où il est décédé le 6 juin 2024.

APRES LA COMPETITION
Jacques Collot décide d’arrêter la compétition en 1961. Déjà, les deux années précédentes, il avait peu participé aux circuits français, L’époque est différente, l’indépendance coûtait trop cher lorsqu’il fallait remplacer les pièces et après la mort de Jean Behra et de Keith Campbell. Après Georges Houel, Jacques Insermini allait réorienter sa carrière aussi, alors le cœur n’y était plus. Il revient donc à temps plein au garage familial où travaillent encore ses parents, et qui fermera définitivement en 1976, pour devenir le magasin de motos Boyer (marque Ducati), poursuivant ainsi la tradition.
Cependant, il a d’autres centres d’intérêts : la spéléologie depuis 1937-38 au sein du Spéléo-Club de Vesoul et de l’Association Spéléologique de l’Est, et qu’il pratique avec Roger Pelletier et Guy Béraudière, Il se passionne toujours pour l’archéologie, les antiquités, notamment la vaisselle d’étain ancienne pour laquelle on demande souvent son expertise. On le retrouve désormais sur les brocantes, le marché aux puces de Belfort et les Salons des Antiquaires régionaux.
Au début des années 60, il avait acheté une forêt de 50 hectares à Fretigney où il passait le dimanche en famille et avec des amis, ainsi qu’une très ancienne maison à Chariez, promise à la démolition mais exceptionnelle sur le plan historique (maison du tribunal itinérant à l’époque de la renaissance). Il a ainsi contribué à la sauver en la restaurant complètement. Un peu plus tard, il achète une maison en ruines sur la Saône à Fédry mais avec l’âge, il n’en finira pas la restauration.

Son souvenir reste dans la mémoire motocycliste. Assez fréquemment, lorsqu’un pilote surprend le public par son style et que ses prouesses lui promettent une carrière motocycliste, comme Christian Ravel (mort à Spa le 4 juillet 1971) on le compare à Jacques Collot. Il accepte de participer à quelques manifestations sportives, pour peu que l’organisateur soit un ami ou une connaissance qui insiste un peu. Ainsi, lorsque le projet d’un premier salon de la moto vésulien devient réalité, grâce à Joël Corroy, à la Salle Parisot. Pierre Collignon avait dit de lui : « Collot est un cas ! Sur circuit humide et en virages serrés, il est imbattable ! ». Les articles parus dans la presse spécialisée, avant et après son décès (2003), insistent aussi sur le talent de celui qui est donné comme un pilote d’exception. Dans Motocyclettiste n°85 (décembre 2000), Marc Dufour et Didier Mahistre résument ainsi son parcours : « Le souci d’indépendance fut le grand moteur de sa carrière. Et c’est, je crois, le point le plus important à retenir, car il explique à lui seul pourquoi Jacques Collot ne fut pas multiple champion du monde : peut-être un des plus titrés de l’histoire de la moto. Mais il aurait fallu une moto officielle, et… une discipline du même métal. Et ça… »
Pascal Collot – octobre 2025






