En 1981, la FFM anticipe d’un mois le Changement : le dimanche 5 avril est disputée la première manche du nouveau championnat de France Open, créé par le président de la commission vitesse, Benjamin Savoye, afin de moderniser et professionnaliser la vitesse tricolore. Une dizaine d’année plus tard, ce championnat Open deviendra Open-Superbike puis le Superbike France que l’on connait aujourd’hui.
Voici le compte-rendu de cette révolution publié dans le France Moto n°145 du 15 avril 1981 sous la plume d’Olivier de La Garoullaye, journaliste fédéral et par ailleurs speaker sur le circuit de Nogaro. Lequel se révéla bon pronostiqueur : tous les vainqueurs de Nogaro furent sacrés champions de France en fin de saison, à l’issue des deux autres manches disputées sur les circuits Paul-Ricard et Bugatti.
Les photos sont signées Gérard Delio qui, sous le nom Photopress, fut le grand témoin de la vitesse français, des années 70 aux années 2020.
LA PHILOSOPHIE DE LA CHOSE
Le problème de la vitesse en France, on le connait : il y a des circuits, il y a des pilotes mais d’organisateurs… point. Enfin si, tout de même, mais disons qu’hormis les classiques qui peuvent ne pas coûter trop cher ou les Promosport où la FFM leur amène tout sur un plateau, ils répugnent à se lancer. Dès lors, il n’y avait plus qu’une parade : lancer une nouvelle formule tenant des Promo pour le côté matériel mais apte à devenir rapidement une classique. L’idée d’un vrai Championnat de France, d’un titre Open était dans l’air. On sait que, grâce à la sportivité de Sonauto Yamaha et de Kawasaki Motors France qui amenèrent l’indispensable nerf de la guerre, ce Championnat Open put voir le jour “sur le papier”. Restait à voir sur le terrain.
Avant le coup, les promoteurs de l’idée étaient confiants, la majorité des pilotes satisfaits mais les dirigeants de l’ASM. Armagnac-Bigorre, chez qui allait être donné le coup d’envoi, ne pouvaient s’empêcher d’être inquiets. Dame, ils parlaient d’expérience. A Nogaro, on a déjà organisé toutes sortes d’épreuves intéressantes sans que, parfois, le public réponde présent. Or sans public, point de recette et… le bouillon. Fort heureusement, en ce premier dimanche d’avril, les spectateurs sont venus en nombre. Disons tout de suite qu’ils ont bien fait. Ils ont pu suivre tout au long d’une journée, terne le matin mais ensoleillée l’après-midi, de fort jolies courses attrayantes à plus d’un titre.
Le premier, et les présents seront d’accord, c’est d’avoir mis sur une même ligne de départ des champions chevronnés, des néo-inter cherchant la consécration et des nationaux avides de succès. Il en a résulté des compétitions où chacun était motivé : le champion en place tenait à justifier (même s’il n’en était pas besoin) qu’il n’avait pas usurpé ses titres, le nouveau promu en inter voulait montrer qu’il n’avait rien (ou pas grand’chose) à craindre, côté mordant et qualités potentielles s’entend, face aux «nantis», et le petit national qui rêve tous les soirs en cachette de montrer son pneu arrière à Kenny Roberts soi-même, entendait bien aller prendre des points open pour figurer avec les grands.
Mais trêve de “philosophie”, voyons comment se sont passées les épreuves qui, on peut le dire, ont permis à quatre pilotes d’affirmer leurs légitimes ambitions pour un titre qu’il sera, pour les autres, difficiles d’aller chercher.
LA MOTOBECANE ET BOLLE
En 125, la Motobécane qui porte les couleurs de Total et des rasoirs Philips avait deux atouts maîtres : le fait d’être elle-même supérieure aux autres machines dans la course et le fait d’avoir à son guidon un Jacques Bolle talentueux et ambitieux. Cela a amplement suffi à ce que la moto d’usine fasse une “promenade de santé”. Certes, pendant un tiers de l’épreuve, le moustachu Jean-Claude Selini resta aux avant-postes, mais c’était à la faveur d’un mauvais départ du favori qui, une fois revenu, larguait tout le monde, terminant la course avec six pleines secondes d’avance.




Se classait second Thierry Noblesse dont le coéquipier chez AFAM-BRH. Jacques Hutteau, allait vite être contraint à l’abandon. Selini gardait le second accessit que convoitaient Meynet et Galbit alors que l’on remarquait la jolie performance de Jean-Michel Van Pé, Champion de France National en 50cc l’an dernier, qui parvenait à prendre un point avec une Yamaha pourtant moins véloce que les MBA qui formaient l’ossature du plateau.
Classement 125 : 1. Jacques Bolle (Motobécane • ASM Armagnac-Bigorre) 15 pts • 2. Thierry Noblesse (MBA – MC Bondevillais) 12 pts – 3. Jean-Claude Selini (Morbidelli • UM Vigneux) 10 pts : 4. Guy Meynet (MBA • C des Teppes) 8 pts – 5. Michel Galbit (MBA • Asnières Moto) 6 pts – 6. Yves Dupont (MBA – MC du Béarn) 5 pts – 7. Paul Bordes (MBA – MCF) 4 pts – 8. Daniel Roche (BRM • US Argenteuil) 3 pts – 9. Roger Gaillard (Morbidelli – MC Lyon) 2 pts • 10. Jean-Michel Van Pé (Yamaha • AS Orly) 1 pt.
ALAIN MICHEL, CHAMPION DU MONDE EN PUISSANCE
On l’a vu, lorsque Bolle prit la tête en 125, tout fut joué dans cette catégorie pour la première place, seuls les accessits restant en suspens. En side-car, ce fut encore plus marquant, puisque l’épreuve ne connut qu’un leader et qu’un second, ceux-ci tournant en démonstration loin devant leurs adversaires après qu’Yvan Trolliet, champion en titre qui reste une valeur sûre, ait été contraint à l’abandon.
En fait, la hiérarchie s’était dessinée dès les essais où Alain Michel faisait la loi avec son nouveau Seymaz: il prenait trois secondes à Thomas, presque six à Trolliet, huit à Lacour et dix ou plus aux autres.


Au passage du drapeau à damiers qu’atteignaient Alain Michel-Michael Burkard avec cinquante secondes d’avance (excusez du peu) sur Patrick Thomas-Jean-Marc Fresc, Champions de France National l’an dernier qui ont “hérité” de l’ancien attelage d’Alain, et presque un tour sur Dominique Lacour-Patrick Marais et Antonio Gomez-Michel Piret en bagarre. On ne savait que penser : admirer le style, l’aisance du premier en espérant que le second parvienne un jour à son niveau ou regretter la (trop) grande différence entre les participants. Car, lorsque sur quinze tours d’un circuit de trois kilomètres, seuls ou presque deux attelages terminent dans le même tour, on ne peut vraiment pas dire que le plateau soit homogène.
Classement Side-cars : 1. Alain Michel-Michael Burkard (Seymaz Yamaha – MC Paul Ricard) 15 pts • 2. Patrick Thomas Jean-Marc Fresc (Seymaz Yamaha – MC Fertois) 12 pts • 3. Dominique Lacour-Patrick Marais (Yamaha – CO Pontlieue) 10 pts • 4. Antonio Gomez-Michel Piret (TGP Yamaha – AM Castelorien) 8 pts – 5. Yann Hansen-Michel Jhant (Yamaha – ASM Chaville) 6 pts – 6. Maurice Pellegrin-Patrice Dupouy(Yamaha – MC Arles) 5 pts – 7. Jean-Marc Faucher-Damian Suau (Yamaha – MC Isle Adam) 4 pts – 8. Jean-Claude Martineau-Bernard Martin (TMS Yamaha – ASM AC Ouest) 3 pts – 9. Daniel Gire-Alain Tergella (Suzuki – ASM AC Ouest) 2 pts – 10. Jean-Claude et Gérard Gillet (RIG Suzuki – AMCF) 1 pt.
SUPERBES 250
Heureusement en 250, on avait assisté au phénomène inverse. A l’issue des essais, même si Baldé avait déjà frappé, imposant sa verte Kawasaki, ils étaient plusieurs, placés en embuscade derrière lui à pouvoir prétendre monter sur le podium. Jacques Bolle (encore lui) avait réalisé un excellent deuxième temps sur sa Yamaha, précédant Hervé Guilleux sur sa surprenante Siroko à moteur Rotax, un Michel Rougerie retrouvé au guidon des Chevallier Yamaha et un surprenant Jean-Michel Mattioli qui, encore national l’an passé, se permettait le luxe d’être plus rapide que des habitués des Grands Prix comme Fernandez, Guignabodet, Sibille ou Espié qui se classaient derrière lui dans cet ordre. Mieux même, lorsque Benjamin Savoye lâchait les concurrents alors que Bolle n’était déjà plus là, victime d’une chute stupide lors du tour de chauffe, il prenait carrément les opérations à son compte. Partant le plus vite devant Espié. Guilleux et Guignabodet, il résistait deux tours avant de devoir laisser passer Guilleux très incisif au freinage.

Et Baldé, me direz-vous ? Baldé, lui, ayant engorgé son moteur au départ, était dans les profondeurs du classement. Trente-cinquième au premier virage il allait faire du slalom entre les concurrents moins rapides que lui et, au tiers de la course, il était pointé en cinquième position d’un petit groupe de furieux se bagarrant en tête et fort de Guilleux. Rougerie Fernandez et Mattioli. Et tandis Rougerie, superbe, passait en tête, Jean-François se rapprochait encore, sautant Mattioli.
Pour Rougerie, malheureusement, les choses se gâtaient avec une rupture de la platine supportant ses commandes au pied et il abandonnait, la rage au cœur. Restaient à la lutte Guilleux et Baldé, Fernandez et Mattioli décrochant quelque peu. Jusqu’au bout l’issue fut incertaine mais Baldé impérial l’emporta et monta sur le podium encadré de Guilleux et Fernandez qui entend se consacrer davantage qu’il l’avait prévu initialement aux moyennes cylindrées.




Classe de cylindrée fournie en inters de valeur, cette première course open a cependant mis des jeunes en évidence. On a déjà parlé de Mattioli qui ne devrait pas en rester là, mais il convient de citer Gabriel Grabia qui, finalement sixième, fut toujours pointé parmi les dix premiers, Longo huitième ou Patrick Chatelet, le premier national classé en douzième position.
Classment 250 : 1. Jean-François Balde (Kawasaki – MC Paul Ricard) 15 pts – 2. Hervé Guilleux (Siroko – CO Pontlieue) 12 pts – 3. Patrick Fernandez (Yamaha – MC Cannes) 10 pts – 4. Jean-Michel Mattioli (Yamaha • MC Paul Ricard) 8 pts • 5. Thierry Espié (Yamaha – ASM AC Ouest) 6 pts – 6. Gabriel Grabia (Yamaha – MC Paul Ricard) 5 pts – 7. Jean-Louis Guignabodet (Kawasaki • MC Paul Ricard) 4 pts – 8. Antoine Longo (Yamaha – MC La Ciotat) 3 pts – 9. Christian Estrosi (Yamaha – CC Nice) 2 pts – 10. Thierry Laurens (Yamaha – MC Paul Ricard) 1 pt.
SONAUTO GAULOISES EN POINTE
Avant le départ des 500, et même si, sur sa 350 Kawasaki, Baldé avait décroché la pole position pour un petit centième de seconde, on ne se faisait guère d’illusions, ne croyant pas vraiment que les pilotes du team Sonauto Gauloises au guidon de leurs motos d’usine puissent être battus. Pourtant, Marc Fontan, le futur vainqueur, n’était pas vraiment satisfait de sa monte. Il trouvait le moteur extra mais la partie cycle indigne de la mécanique. Malgré cela, en tête de bout en bout. Marc allait prendre, lui aussi, son option pour le titre. S’il ne fut jamais question de l’inquiéter pour la première place, la bataille fut somptueuse pour les places d’honneur entre cinq prétendants. Bernard Fau, second en début de course sur sa Yamaha du team Zago, fut le premier à jeter l’éponge à cause de problèmes de frein. Jean Lafont, qui lui succéda, rétrograda à son tour, souffrant trop d’une main blessée par l’éclatement d’un pneu au parc pour qu’il puisse tenir la cadence. Raymond Roche, son coéquipier du MC Paul Ricard, un instant menaçant, dut abdiquer à son tour. La lutte se circonscrivait entre Sarron et Baldé. Jusqu’au bout, on crut que Baldé pourrait terminer second et il le prouva en passant Sarron l’espace d’un demi-tour mais Christian, se battant jusqu’au bout garda son bien, signant ainsi un doublé pour Sonauto Gauloises, un doublé qui fit plaisir à beaucoup. Quelle joie en effet d’avoir retrouvé un Sarron en pleine forme après deux noires saisons qui n’ont heureusement en rien altéré ses qualités.





Pour être un peu plus complet, signalons également la septième place de Christian Estrosi dont la moto n’était pas au mieux et la course superbe de Pierre Bolle et Frédéric Duval au guidon des 350 du team Magasin Patrick Pons et la régularité de Pierre Tocco qui amène une TZ de 1977 en dixième position.
Classment 500 : 1. Marc Fontan (Yamaha – Corbère MC) 15 pts – 2. Christian Sarron (Yamaha • ASM Armagnac-Bigorre) 12 pts – 3. Jean-François Baldé (Kawasaki 350 – MC Paul Ricard) 10 pts – 4. Kaymond Koche (Suzuki – MC Paul Ricard) 8 pts – 5. Jean Lafond (Suzuki – MC Paul Ricard) 6 pts – 6. Bernard Fau (Yamaha – MCF) 5 pts – 7. Christian Estrosi (Yamaha – CC Nice) 4 pts – 8. Pierre Bolle (Yamaha 350 – MC Alpes de Haute Provence) 3 pts – 9. Hervé Guilleux (Yamaha 350 – CO Pontlieue) 2 pts – 10. Pierre Tocco (Yamaha 350 – MC Libournais) 1 pt.
SERIEUSES OPTIONS
Alors que penser du Championnat de France Open ? Point acquis, c’est une bonne chose : tout le monde le reconnait et remercie ceux grâce à qui pareille opération a pu être montée. Si l’an prochain, on peut arriver à mettre sur pied cinq épreuves, et trouver ainsi un bon régime de croisière, personne ne s’en plaindra et c’est ce à quoi il faut tendre.
A Nogaro, certains pilotes nationaux se sont plaints amèrement du fait qu’ils n’étaient pas différenciés des inters. Ils auraient voulu avoir un classement et des prix à part. On comprend mal dans la mesure ou justement le principe de la formule Open est de mettre tout le monde sur le même pied. Dès lors, vient qui veut.
Quoiqu’il en soit, à Nogaro, de sérieuses options pour les quatre titres ont été prises et, à l’heure actuelle, on ne voit pas bien qui pourrait venir inquiéter les lauréats de cette première épreuve.
Texte Olivier de La Garoullaye. Photos Gérard Delio.





