Jean-Pierre Mougin, une carrière pour la moto

Samedi 1er novembre 2025, Jean-Pierre Mougin a été nommé Président d’honneur de la FFM par Sébastien Poirier, actuel président de la fédération.

Avoir 20 ans en 1967 au Pays de Montbéliard, c’est avoir deux certitudes au moins : travailler à “la Peuge” et faire du motocross. La trajectoire de Jean-Pierre Mougin était-elle écrite ? Il l’a toutefois négociée en pilote ambitieux et en bénévole volontaire pour l’amener au sommet, tant professionnellement que sportivement. En travailleur acharné, aussi : « Le Pays de Montbéliard est un ancien comté allemand et protestant, rappelle Joël Corroy. La première vertu, c’est le travail ! »

Dans les années 60, le constructeur automobile Peugeot est bien sûr le plus gros employeur de la région : l’usine de Sochaux, où sont encore construites toutes les voitures du deuxième constructeur français, compte 25 000 salariés soit près de 20% de la population du Pays de Montbéliard. Diplômé de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Belfort en 1971, Jean-Pierre Mougin rejoint donc “la Peuge” en 1973 après une année d’enseignement technique. Il débute sa carrière à la Direction Qualité des Automobiles Peugeot à Sochaux avant de voyager dans la galaxie du constructeur : il sera tout à tour directeur d’une filiale commerciale à Amiens, puis à la tête du service Recherche et Développement de Peugeot Motocycles à Mandeure avant de s’installer en région parisienne, directeur de la division Qualité à Vélizy puis directeur général de l’Utac à Linas-Montlhéry où il terminera sa carrière professionnelle en 2011, trois ans après avoir quitté la Présidence  de la FFM.

Il est vrai qu’entre Peugeot et la FFM, l’histoire d’amour est ancienne. Prédécesseur de Jean-Pierre Mougin, Jean Lesueur était concessionnaire de la marque au Lion lorsqu’il fut élu à la tête de la fédération en 1968.

Le motocross, lui, Jean-Pierre Mougin l’épouse dès l’enfance. Son père l’emmenait à Valentigney et Mandeure, les deux circuits du Pays de Montbéliard, voire à Frotey-lès-Vesoul où fut organisé le GP de France 500 en 1955 et 1960 : « Le motocross était la seule distraction de la région avec le FC Sochaux », se souvient Joël Corroy. De deux ans son benjamin, Corroy rencontra Jean-Pierre Mougin au lycée et fut rapidement marqué par ses talents mécaniques : « Nous étions nombreux à aller au lycée en Peugeot BB Sport. Bien sûr, c’était à celui qui avait le cyclo le plus rapide, et Jean-Pierre se montrait ingénieux et très bricoleur. Ses motos marchaient toujours très bien. » Le futur ingénieur construisit d’ailleurs sa première machine de cross à partir d’un bicylindre 350… Peugeot évidemment. Corroy poursuit : « Dans la région, les frères Jolicor construisaient des motos de cross sur la base de Peugeot 175. Jean-Pierre, lui, avait choisi une 350 bicylindre, un modèle rare car sorti peu avant l’arrêt de la production moto. Il a disputé sa première course sur le circuit des Montboucons à Besançon : avec sa Peugeot bricolée, il a mis 50 mètres à toutes les vraies motos de cross dans la grande montée qui suivait le départ ! »

Michel Jacoutot était également présent aux côtés de Jean-Pierre Mougin lors de cette première course officielle, comme il le sera lors de son dernier départ, en Bretagne une décennie plus tard : « Jean-Pierre et moi, nous étions à la maternelle ensemble, raconte cet ami de toujours. Son père travaillait chez EDF, le mien chez GDF : nos parents habitaient dans le même quartier de Montbéliard, aussi nous avons commencé ensemble le vélo puis le cyclo. Et je l’ai accompagné pour rencontrer Claude Coutard et Claude Peugeot, qui dirigeaient alors le Moto-Club de Sochaux, lorsqu’il a pris sa première licence. » Si ses parents s’opposent à la pratique de la moto, Michel Jacoutot participe néanmoins à la création du moto-club en 1968, baptisé Association Motocycliste de Colombiers-Villars, avant de devenir MC Villars en 1986 : « La grand-mère de Jean-Pierre habitait à Villars-sous-Ecot. Comme sa famille y avait des terrains, il a choisi un emplacement pour créer avec son frère Michel un terrain de motocross, et un club pour s’en occuper. Nous n’avions qu’une vingtaine d’années, mais comme Jean-Pierre était un meneur d’hommes, tous les copains suivaient. »

La casquette présidentielle ne remplace toutefois pas le casque du pilote. En 1969 est organisée la première course sur le terrain de la Versenne, à Villars, à laquelle participe Jean-Pierre Mougin et que remporte d’ailleurs Joël Corroy. Cette même année, les deux compères disputent ensemble leur première course de championnat de France à Cognac : « Pendant l’hiver, se souvient Corroy, Jean-Pierre s’était acheté une Maico, comme moi, et nous nous étions entrainés tous les deux dans la boue de Villars. Son frère Michel nous a conduits à Cognac dans la 403 diesel familiale, les motos sur une remorque. Il y avait près de 400 pilotes inscrits pour les qualifications mais ils n’en gardaient que 20 pour les courses : autant dire que nous n’avions aucune chance, nous qui n’étions jamais sortis de Franche-Comté. Mais, miracle : il pleut des cordes pendant les essais et nous gagnons tous les deux notre course qualificative ! » L’année suivante, en 1970, Jean-Pierre Mougin remporte le championnat de France Junior 250, tandis que Corroy termine vice-champion en 500 National.

Jean-Pierre Mougin étirera sa carrière de pilote jusqu’en 1977, remportant en 1973 une manche du championnat de France 500 Inter à Avesnes-sur-Helpe. « C’était un bon pilote qui avait la volonté et l’intelligence de la course, résume Joël Corroy. Mais ses études d’ingénieur, son travail puis surtout son club ne lui ont pas laissé la liberté de se consacrer totalement au motocross. » Jean-Pierre Mougin montre en effet davantage d’ambitions pour le moto-club de Villars : « Outre le motocross, rappelle Michel Jacoutot, nous nous sommes investis dans la vitesse, la course de côte, le speedway et même le tourisme puisque nous avons été champions de France en 1986. Il y avait au club des pilotes talentueux, également, comme Jean Monnin, qui sera de nombreuses fois champion de France de la Montagne. » Corroy résume ainsi la trajectoire du MCV : « Villars était un club de copains mais comptait avec Jean-Pierre sur un véritable chef. Il a rapidement gravi tous les échelons pour devenir le plus grand moto-club de la région. »

Le cœur du MC Villars demeure toutefois son circuit de la Versenne, qui sera entièrement redessiné lorsque l’autoroute A36 s’invitera sur son tracé. Jean-Pierre Mougin y mène son combat prioritaire : la sécurité des pilotes. « J’ai couru une dizaine d’années, et j’ai perdu une dizaine de copains, rappelle Joël Corroy. En France, les crossmen étaient un peu considérés comme des cascadeurs, et les courses tenaient davantage de la kermesse, alors qu’en Suisse, juste à côté, les terrains étaient préparés, balisés, protégés… Cela a motivé Jean-Pierre pour améliorer la sécurité des pilotes. » Michel Jacoutot se souvient des arbres tronçonnés autour du circuit de Villars pour sécuriser la piste et protéger les pilotes. Jacky Vimond, dont on célèbrera en 2026 le quarantième anniversaire du titre mondial, se souvient d’un tournant : « Avant les années 80, on se souciait peu de la sécurité. Puis c’est devenu un enjeu prioritaire, avec des personnes dédiées au sujet et des critères d’homologation pour protéger le public comme les pilotes. » Ce fut là en effet l’une des préoccupations majeures de Jean-Pierre Mougin, comme président de club puis comme membre de la Commission Motocross, qui se concrétisera dans la création d’un cahier des charges définissant les conditions d’homologation des circuits de motocross.

De Villars-sous-Ecot, Jacky Vimond se souvient surtout de sa deuxième place au Motocross des Nations avec l’Equipe de France également composée de Jean-Michel Bayle et Yannig Kervella. Après avoir accueilli des Grands Prix 500 en 1982 et 250 en 1986, le moto-club de Jean-Pierre Mougin organise en effet les Nations 88, première pierre posée dans la construction d’une désormais passion française : « Les Nations à Villars, c’est un très bon souvenir, affirme Vimond. Monter sur le podium, juste derrière les USA, ça représentait une petite victoire. Avec 60 000 spectateurs annoncés à l’époque, le Motocross des Nations était plus qu’une grande fête : il devenait l’épreuve la plus importante et la plus prestigieuse de l’année ! »

Après les Nations, Jean-Pierre Mougin imaginera encore les Masters de Motocross avec Giuseppe Luongo, futur promoteur des Grands Prix. Mais son leadership, il commence à l’exercer davantage avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement parisien. En 1980, Jean-Pierre Mougin arrive au siège de la FFM pour intégrer la Commission Motocross ; en 1985, il en devient le président, alors qu’Hervé Kervella est élu à la tête de la Fédération. Ce dernier ne manque pas d’ambition pour la vénérable institution mais sa politique dispendieuse en ébranle les fondations. Jean-Pierre Mougin et Jacques Bolle, alors président de la Commission des Courses sur Route, sont ceux qui tirent en premier la sonnette d’alarme : « La première fois que j’ai rencontré Jean-Pierre, se souvient Jacques Bolle, c’était en 1977 sur le circuit de Lure-Malbouhans où le club de Villars-sous-Ecot organisait une course de vitesse à laquelle je participais. Puis je l’ai retrouvé à la Fédération, mais les commissions vitesse et motocross étant peu perméables, nous ne nous connaissions pas vraiment. Nous nous sommes rapprochés quand nous avons compris que l’action du président Kervella mettait la fédération en danger. Je suis allé le voir au congrès de Vichy et nous nous sommes entendus pour agir ensemble. » Après la publication d’une lettre ouverte en décembre 1988, Jean-Pierre Mougin et Jacques Bolle parviennent à convaincre suffisamment d’élus pour destituer un an plus tard le président en exercice. Le 12 novembre 1989, Jean-Pierre Mougin est élu à la présidence de la FFM : à 42 ans, il est le plus jeune président de l’histoire. « Ce fut une période difficile dont on se souvient toute une vie », résume Jacques Bolle.

Jean-Pierre Mougin président, commence alors une période de grande mutation pour la FFM. « Il a tout fait pour favoriser le développement du sport moto », résume Jacques Bolle ; « Il a relevé et rénové la fédération, complète Jacky Vimond. Kervella avait certes fait un premier pas en abaissant l’âge minimum pour rouler ; mais Jean-Pierre Mougin a structuré la FFM pour transformer une association fonctionnant à l’ancienne en une fédération moderne. Surtout, il a créé toutes les pièces pour assembler le puzzle du haut niveau. » Actuel président élu, Sébastien Poirier souligne la capacité de travail de celui qui l’avait embauché comme juriste de la FFM trente ans plus tôt : « Le président Mougin venait deux fois par semaine à la fédération quand il travaillait à Amiens, et une fois quand il était en poste à Sochaux : il arrivait en début de soirée, travaillait plusieurs heures à son bureau ou en réunion, et repartait dans la nuit. Je me souviens pouvoir lui transmettre des projets de courriers ou de notes pour validation le soir et avec certitude avoir des retours le lendemain matin (soit par télécopie soit par un retour sur mon bureau), annotée dans un système de bulle. Selon que cette réponse commençait par “Sébastien” ou “Monsieur Poirier”, cela donnait la tonalité de retour. ! »

Le premier enjeu du Président Mougin est de redresser les comptes de la FFM, objectif atteint en 1992. Dans le même temps, il pilote le vaste chantier de l’informatisation de la Fédération, crée le 3615FFM, lointain ancêtre de ffmoto.org, et fait basculer l’institution dans la modernité. Mais il donne également une mission plus politique à son premier mandat : protéger le sport moto des enjeux sociétaux émergents en ce début des années 90 et incarnés par les lois Lalonde et Evin. D’inspiration écologique, la première met à mal la pratique de la moto tout-terrain ; touchant à la santé publique, la seconde met un terme au sponsoring tabac, premier financeur de la compétition moto. Pour que la voix de la FFM puisse porter, Jean-Pierre Mougin se rapproche des ministres des sports successifs, encourage la création d’un groupe parlementaire pro-moto. Dans le même temps, la FFM rejoint le Comité National Olympique et Sportif Français ; Jean-Pierre Mougin en deviendra le secrétaire général, premier élu d’une fédération non olympique à occuper ce poste.

Dans son rapprochement avec le ministère des Sports, Jean-Pierre Mougin obtient la création d’une Direction Technique Nationale pour la moto, dont le premier titulaire s’appelle Michel Mazeran. Outre le bénéfice de nouvelles subventions, la DTN permet à Jean-Pierre Mougin de structurer la filière haut-niveau du sport moto. Sont ainsi créées à partir de 1992 trois Equipes de France : Motocross avec Jacky Vimond comme entraineur, Trial confiée à Thierry Michaud et Vitesse, portée par Marc Fontan. Avec Michaud et Vimond, Jean-Pierre Mougin s’appuie sur deux champions du monde : « Je pense que Jean-Pierre avait le souhait de reconvertir ses anciens champions, affirme Vimond. Il voulait que ceux-ci puissent transmettre leur savoir et leur expérience pour aider à créer de nouveaux champions. Mais ce n’était pas honorifique : il a fallu que je passe mon diplôme à l’INSEP pour devenir entraineur national. Jean-Pierre Mougin voulait professionnaliser la formation des entraîneurs afin que chacun parle le même langage. » La professionnalisation de la formation ne s’est toutefois pas arrêtée aux Equipes de France : le label Ecole Française de Motocyclisme fut créé sous la présidence Mougin pour mieux accueillir et encadrer les apprentis-pilotes.

DTN Adjoint, Patrick Ranvier rejoignit la FFM en 1995 à l’appel de Michel Mazeran. Le fonctionnaire se souvient avec ferveur de cette structuration du haut-niveau moto : « Jean-Pierre Mougin était un visionnaire qui voulait une grande fédération de moto, une fédération qui rayonne. A mon arrivée, il y avait beaucoup de choses à consolider mais ce projet m’intéressait car j’étais passionné de moto. Nous avons renforcé la formation des cadres, créé le label des écoles moto. Nous avons consolidé les équipes de France en instaurant une relation de confiance avec les partenaires. Jean-Pierre Mougin entretenait de très bons rapports avec eux : qu’ils soient importateurs, pétroliers, assureurs, les partenaires étaient convaincus que les projets qu’il portait n’étaient pas des coups d’épée dans l’eau car ils avaient confiance en son action. » La confiance est toutefois un sentiment à double sens, ce que le président Mougin avait compris : « Son mérite était de savoir choisir les hommes, mais aussi de savoir leur faire confiance, insiste Ranvier. J’ai l’impression d’avoir beaucoup construit pendant mes huit ans à la FFM grâce à sa confiance. »

La structuration d’une filière haut-niveau a rapidement porté ses fruits : alors que la France n’avait remporté que 4 titres mondiaux à titre individuel sous la présidence de Jean Lesueur, puis 6 sous celle d’Hervé Kervella, 35 couronnes mondiales seront remportées sous celle de Jean-Pierre Mougin. Olivier Jacque incarne cette réussite : sélectionné en Equipe de France de Vitesse fin 1992, il fut champion du monde 250 en 2000. « Antoine Julien, mon président du Moselle Moto-Club à Metz, était très ami avec Jean-Pierre Mougin. Je garde de lui l’image d’une personne sincère, honnête et bienveillante, qui a beaucoup fait pour la moto. Surtout, s’il n’avait pas créé les Equipes de France, il aurait été impossible pour moi, qui avais peu de finances et pas de partenaires, de faire une telle carrière. » Olivier Jacque avait commencé la compétition en cyclo avant de passer en125 en 1992 : « D’une saison à l’autre, je suis passé des courses entre les bottes de paille sur des parkings de supermarché à de vrais circuits de vitesse. J’ai remporté une course à Carole, puis une autre à Nogaro en coupe Kawasaki malgré un pied cassé, et Marc Fontan m’avait appelé le lendemain pour me présenter le projet. Il s’appelait alors Objectif Grand Prix : l’idée était de sélectionner deux jeunes, de leur faire disputer les championnats de France et d’Europe en 250, et d’emmener le meilleur des deux en Grand Prix. » En 1994, Régis Laconi remportait les titres de champion de France et d’Europe. Pendant que Marc Fontan créait la structure pour accompagner ce dernier en GP 250, OJ, lui, trouva in extremis un guidon chez Tech3 pour disputer la saison 95, team avec lequel il remporta cinq ans plus tard le titre mondial : « L’Equipe de France m’a permis d’apprendre le métier de pilote, résume aujourd’hui Olivier Jacque. Outre le pilotage, les réglages, nous avions également des cours d’anglais ou de communication. La FFM avait tout mis en place pour m’amener dans les meilleures conditions à la porte des Grands Prix. »

La structuration et la professionnalisation du haut niveau eurent le même impact positif sur les Equipes de France, et en 2001, la France remportait pour la première fois le Motocross des Nations, à Namur en Belgique. Pour Jacky Vimond, « la FFM a été pionnière dans la volonté de créer de vraies sélections animées par un esprit d’équipe plutôt que d’aligner des individualités. On voit encore aujourd’hui les résultats de cette démarche. Si la Fédération a longtemps entretenu un rapport très autoritaire avec ses pilotes, Jean-Pierre Mougin est celui qui a initié le changement. On peut dire que l’entente est désormais parfaite entre la fédération et ses pilotes, et grand le plaisir de bosser ensemble. »

S’il a construit le sport de haut niveau, Jean-Pierre Mougin ne se détournait pas pour autant des pilotes nationaux et des épreuves populaires. Sébastien Poirier se souvient ainsi que son prédécesseur avait en 2005 sauvé in-extremis l’Enduro du Touquet d’une annulation certaine : sortant tout juste du Dakar, l’organisateur ASO avait en effet décidé de renoncer à son épreuve face à cause de difficultés administratives et juridiques : « Dès  cette annonce, indique le président Poirier, Jean-Pierre Mougin a réuni la municipalité du Touquet, la FFM et la Ligue pour organiser en moins de deux mois ce qui sera une édition extraordinaire de l’Enduro du Touquet. Il a refusé de laisser tomber une des plus belles épreuves du calendrier et mené une bataille qui aurait été perdue sans lui. Cela reste pour moi un fait marquant de sa présidence. »

Au niveau mondial, la compétition devient synonyme de commercialisation en ce début des années 90. La FIM vend ses championnats du monde à des promoteurs privés. S’il s’entend bien avec Giuseppe Luongo qui sera promoteur du motocross mondial, Jean-Pierre Mougin incarne toutefois une certaine résistance à la marchandisation du sport : il s’oppose au contrat entre la FIM et TWP-Dorna en 1992, comme il s’opposera quelques années plus tard à la réunification des trois catégories du motocross mondial en un Grand Prix unique. Si cette défiance n’interdit pas, à l’époque, la France d’être le seul pays à accueillir une manche de chaque championnat du monde sanctionné par la FIM, il estime que la FIM doit conserver la maitrise de ses règlements sportifs.

Jean-Pierre Mougin aux côtés du président de Zerbi lors du centenaire de la FIM à Paris en 2004.

Il est vrai que Jean-Pierre Mougin porte ses engagements au-delà des frontières hexagonales. En 1996, il est le président-fondateur de l’Union Européenne Motocycliste (UEM, qui deviendra FIM-Europe e 2012) avec la volonté de défendre les intérêts du vieux continent contre la montée en puissance de fédérations émergentes. Son implication est également constante à la FIM : vice-président de la fédération internationale de 1995 à 2010, Jean-Pierre Mougin échoua toutefois à en être élu président en 2006. « Il n’a manqué à Jean-Pierre Mougin que le vote de quelques pays pour qu’il soit élu, souligne Sébastien Poirier. Mais il fallait être très courageux pour se lancer dans cette bataille qui est avant tout très politique. »

Deux ans plus tard, Jean-Pierre Mougin achève son quatrième mandat à la tête de la FFM. Elu au congrès de 2008, Jacques Bolle devient le premier président à temps plein de la fédération, grâce à l’indemnisation du poste voulue par son prédécesseur. « Comme la loi l’autorisait depuis 1999, Jean-Pierre Mougin a fait modifier les statuts de la FFM pour offrir la possibilité à des élus fédéraux de pouvoir bénéficier d’une indemnisation fédérale, explique Sébastien Poirier. C’était une décision extrêmement moderne et pour autant complexe à faire passer politiquement. C’est pour moi un trait caractéristique d’une personne qui pense avant tout à la solidité et au futur de son institution, et ce au-delà de sa personne. »

Quitter l’avenue Parmentier à l’issue de son dernier mandat n’a pas fait de Jean-Pierre Mougin un homme inactif. Jeune retraité, il a poursuivi ses engagements bénévoles auprès du CNOSF, du Comité du Fair-Play Français ou encore au sein du Groupement des Professionnels des Sports Mécaniques. A l’occasion du dernier congrès fédéral, samedi 1er novembre, Sébastien Poirier a choisi de rendre hommage à cette carrière exceptionnelle consacrée au sport moto et a nommé Jean-Pierre Mougin Président d’Honneur de la FFM.

Photos Archives FFM.

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